Énergie : le pétrole atteindra son pic dans 15 ans selon TotalEnergies

TotalEnergies publie son rapport annuel « Energy Outlook 2026 », révélant que la demande mondiale de pétrole atteindra son pic entre 2035 et 2040 avant d’entamer une lente décrue.

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Énergie : le pétrole atteindra son pic dans 15 ans selon TotalEnergies © L'Automobiliste

TotalEnergies a publié le 2 novembre 2026 la huitième édition de son rapport annuel « TotalEnergies Energy Outlook », qui analyse l’évolution du système énergétique mondial jusqu’en 2060. Selon Aurélien Hamelle, directeur général Strategy & Sustainability du groupe, « la demande mondiale de pétrole atteindra son pic entre 2035 et 2040 ».

Après une période de stabilisation au cours des années 2030, la consommation mondiale de produits pétroliers entamera « une lente décrue ». Un scénario qui pourrait s’accélérer si les ventes de véhicules électriques maintiennent leur rythme de progression observé depuis le deuxième trimestre 2026. La crise du détroit d’Ormuz, survenue cette année, a agi comme un catalyseur inattendu. Aurélien Hamelle précise que « depuis le deuxième trimestre 2026, on observe une accélération des ventes de voitures électriques, en Asie, en Amérique Latine et en Europe, de même que l’augmentation des exigences d’incorporation de biocarburants ».

Un paradoxe énergétique mondial

Toutes les sources d’énergie, qu’il s’agisse du charbon, du pétrole, du gaz ou de l’électricité renouvelable, connaissent encore une croissance de leur demande. Plus de la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès à un niveau suffisant d’énergie pour améliorer son développement en matière d’éducation, de santé et de création de richesse. Pourtant, le rythme de croissance des énergies fossiles et des émissions de gaz à effet de serre ralentit, alors que la croissance économique mondiale se maintient à un rythme supérieur à 3 %.

Les flux d’investissement témoignent du basculement progressif. Les investissements dans les énergies bas carbone, incluant l’électrification de la demande, ont quasiment doublé en dix ans, passant de 1 200 milliards de dollars en 2015 à 2 100 milliards en 2025. La Chine s’impose comme l’acteur dominant de la transformation. Elle accueille environ 60 % des nouvelles installations de panneaux solaires, 70 % des éoliennes et 60 % des ventes de voitures électriques. En 2025, l’augmentation de la demande d’électricité mondiale a été entièrement satisfaite par des sources bas-carbone, selon le rapport.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirme qu’en 2025, la production supplémentaire d’électricité renouvelable et nucléaire a dépassé la hausse de la demande mondiale d’électricité. Néanmoins, les combustibles fossiles restent incontournables, le charbon représentant encore 34 % de la production électrique mondiale.

Trois trajectoires pour dessiner l’avenir énergétique jusqu’en 2060

TotalEnergies propose trois scénarios distincts, chacun reposant sur des hypothèses différentes concernant le niveau d’ambition des États en matière de climat et leur capacité de coopération internationale. Le groupe intègre ainsi les enjeux du « trilemme énergétique » : la sécurité d’approvisionnement, le prix et la décarbonation.

Le scénario Trends reflète la poursuite des politiques publiques actuelles. Il prend en compte l’accélération récente de la pénétration des technologies bas carbone matures (solaire, éolien, véhicules électriques, pompes à chaleur). Toutefois, les contraintes d’infrastructure, notamment les réseaux électriques, les tensions géopolitiques et les freins liés aux coûts limitent leur déploiement à grande échelle. Dans ce scénario, les pays de l’OCDE n’atteignent pas la neutralité carbone en 2050, tandis que la Chine s’en approche en 2060. La demande mondiale en produits pétroliers augmente et se stabilise au cours de la décennie 2030 avant d’entamer une lente décrue. La demande en gaz poursuit sa croissance avant de se stabiliser dans les années 2040. L’augmentation de la température est estimée entre +2,6 °C et +2,8 °C d’ici à 2100.

Le scénario Momentum adopte une approche plus volontariste. Il suppose que les pays de l’OCDE s’approchent de la neutralité carbone en 2050, et la Chine en 2060. Il implique une électrification accrue de la demande finale, le quasi-abandon du charbon dans les pays OCDE, une forte réduction de son usage en Chine et une légère croissance seulement en Inde. Le gaz naturel joue le rôle d’énergie de transition pour l’électricité et l’industrie dans tous les pays. Les nouvelles énergies se déploient dans les secteurs non électrifiables, comme l’hydrogène décarboné dans l’industrie ou les carburants durables dans l’aviation et la marine. Toutefois, les énergies fossiles couvrent encore la moitié de la croissance de la demande en énergie en Inde et dans le reste du monde, en raison de l’insuffisance des investissements bas-carbone. L’augmentation de la température est estimée entre +2,3 °C et +2,4 °C d’ici à 2100.

Le scénario Rupture est un scénario normatif construit à partir du point d’arrivée en 2050 qui permettrait de contenir la hausse des températures à moins de 2 °C, conformément à l’Accord de Paris. La réalisation semble « hors de portée » en l’état actuel des rivalités géopolitiques, car elle supposerait une coopération multilatérale considérablement renforcée en faveur de la décarbonisation mondiale. L’utilisation du charbon dans le secteur de l’électricité diminuerait beaucoup plus rapidement. La part du gaz naturel resterait globalement stable, tandis que l’électrification plus poussée entraînerait une forte augmentation de la production d’électricité à faible teneur en carbone. L’augmentation de la température est estimée entre +1,8 °C et +1,9 °C d’ici à 2100.

Des trajectoires régionales de plus en plus divergentes

Le rapport met en lumière la fragmentation croissante des stratégies énergétiques à l’échelle mondiale. Les États-Unis, devenus exportateurs nets de gaz en 2017 et de produits pétroliers en 2020 grâce au pétrole et au gaz de schiste, continueront à s’appuyer sur leurs ressources fossiles domestiques. Ils demeureront le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL). Les énergies fossiles représenteront environ 60 % de l’énergie primaire américaine en 2060, contre 80 % aujourd’hui. Parallèlement, le pays comptera parmi les grandes puissances électriques, notamment en raison de la croissance des data centers et de l’intelligence artificielle.

La Chine poursuit son ambition de devenir une « électro-puissance » en consolidant sa domination sur les technologies bas carbone. Elle s’intègre sur toutes les chaînes de valeur. Même si elle continue d’augmenter la capacité installée de centrales à charbon, la pénétration massive de sources d’électricité renouvelable, la construction d’un important parc de centrales nucléaires et l’investissement dans la « flexibilisation » des centrales au charbon lui permettent de réduire la part du charbon dans l’énergie primaire d’environ 60 % en 2025 à environ 25 % en 2060. La forte électrification du transport routier réduira la part des produits pétroliers d’environ 20 % en 2025 à environ 10 % en 2060. Les constructeurs chinois comme SAIC accélèrent d’ailleurs leurs efforts à l’étranger, profitant de leur avance technologique dans le domaine des véhicules électriques.

L’Union européenne fait « la course en tête » dans la réduction des émissions en continuant à décarboner son mix électrique. Toutefois, elle fait face à des besoins d’investissements massifs sur les réseaux électriques et se heurte à la double nécessité de préserver la compétitivité de son industrie et de surmonter les réticences générées dans sa population par les surcoûts liés à la décarbonation des usages de l’énergie. Les énergies fossiles représenteront encore environ 60 % de l’énergie primaire en 2035. Aurélien Hamelle résume ainsi la situation : « L’Europe recherchera un équilibre entre préservation d’objectifs climatiques ambitieux, compétitivité de son industrie et financement des investissements nécessaires à la transition et à la sécurité énergétique. »

Géopolitique et sécurité d’approvisionnement au cœur des préoccupations

La crise du détroit d’Ormuz en 2026, après la crise ukrainienne en 2022, a testé la résilience du système énergétique mondial. Elle a remis en avant la question de la sécurité d’approvisionnement, qui passe par la promotion des énergies locales (énergies renouvelables, biocarburants) et par la diversification des sources ainsi que le stockage des énergies fossiles, compte tenu de leur poids dans le système énergétique actuel.

Lors de la présentation du rapport, Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies, a déclaré que « l’idée d’une pénurie de gaz est erronée ». Il a toutefois ajouté que « les Européens devront néanmoins payer plus cher pour garantir un approvisionnement suffisant ». Le continent se trouve en concurrence avec l’Asie pour s’assurer des livraisons de GNL, tout en s’efforçant de remplir ses sites de stockage avant l’hiver, dans un contexte géopolitique incertain. Les cuves allemandes, les plus grandes d’Europe, entamaient la saison hivernale à leur plus bas niveau jamais enregistré, à 61,03 % au 1er novembre, bien en deçà de la moyenne de l’Union européenne de 74,62 %, selon les données de Gas Infrastructure Europe.

Implications pour l’industrie automobile et les automobilistes

Pour les constructeurs automobiles et les automobilistes, les projections de TotalEnergies dessinent un paysage en mutation rapide. Le plafonnement anticipé de la demande mondiale de pétrole entre 2035 et 2040 confirme l’accélération de l’électrification du parc automobile. Les ventes de véhicules électriques, stimulées par les crises énergétiques récentes, devraient continuer à progresser, en particulier en Asie, en Amérique Latine et en Europe.

Les exigences d’incorporation de biocarburants augmentent également, offrant une alternative complémentaire pour les véhicules thermiques encore en circulation. Toutefois, le charbon reste essentiel pour les systèmes électriques asiatiques, ce qui soulève des questions sur la véritable empreinte carbone des véhicules électriques dans ces régions.

Les automobilistes devront également s’adapter à une volatilité accrue des prix de l’énergie, conséquence directe des tensions géopolitiques et de la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement. La transition énergétique engendre des surcoûts, notamment en Europe, où les investissements massifs dans les infrastructures électriques et les technologies bas carbone pèsent sur les budgets des ménages.

Un avenir énergétique sur une ligne de crête

Aurélien Hamelle conclut son analyse en soulignant que « le système énergétique mondial continue à évoluer sur une ligne de crête, entre des enjeux de résilience et de souveraineté une nouvelle fois mis en exergue par la crise au Moyen-Orient et une transition qui se poursuit ». Les évolutions observées depuis la crise du détroit d’Ormuz soulignent l’importance pour les États de favoriser les énergies domestiques, qui passent par la production d’électricité notamment renouvelable, l’électrification de la demande et les biocarburants, tout en investissant dans la sécurisation du système énergétique fossile par la diversification des sources d’approvisionnement et des investissements dans des infrastructures de stockage et de transport.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) rappelle que limiter le réchauffement à 1,5 ou 2 °C nécessite des réductions profondes et rapides des émissions. Or, même le scénario le plus ambitieux présenté par TotalEnergies ne permet plus d’atteindre l’objectif de 1,5 °C fixé par l’Accord de Paris.

Les tendances observées en 2026 confortent la trajectoire de transition entamée depuis l’Accord de Paris, mais ne laissent pas augurer d’une accélération suffisante pour atteindre l’objectif de contenir le réchauffement sous 2 degrés. Pour l’industrie automobile, le message est clair. L’avenir appartient à l’électrification et aux carburants durables. Les constructeurs qui sauront anticiper le basculement et investir massivement dans ces technologies seront les mieux positionnés pour répondre aux attentes des consommateurs et aux contraintes réglementaires de plus en plus strictes.

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