A cause de Waze, cette commune interdit la circulation des voitures

Un petit village de l’Oise sature sous les voitures, les klaxons, les moteurs. Pour se défendre, la mairie ferme ses routes. En cause : Waze, GPS intelligent pour certains, machine à broyer le calme pour d’autres. À Ève, l’algorithme a franchi la ligne blanche. Et la maire a dit stop.

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Arrêtez d'utiliser Waze et Google Maps sauf si vous voulez une amende
A cause de Waze, cette commune interdit la circulation des voitures © L'Automobiliste

Le 22 juillet 2025, la commune d’Ève, située dans l’Oise, a pris une décision radicale : interdire la circulation à tous les véhicules non-résidents. Ce verrouillage ne doit rien au hasard. Depuis le lancement de travaux sur la Nationale 2 entre Le Plessis-Belleville et Saint-Mard, les automobilistes cherchent à éviter les ralentissements. Résultat ? L’application Waze les dévie massivement vers les petites routes de campagne… en l’occurrence, celles d’Ève.

Ce bourg de 400 habitants s’est retrouvé traversé chaque jour par des files ininterrompues de voitures et de poids lourds, déclenchant une crise locale. « Il y avait tellement de voitures et de camions en flux ininterrompu qu’on ne pouvait même pas traverser la route, c’était infernal », rapporte un agent municipal, cité par CNEWS.

Quand Waze provoque l’asphyxie d’un village tranquille

Face à cette pression routière insupportable, Agnès Champault, la maire d’Ève, a signé un arrêté municipal interdisant l’accès à tous les véhicules non autorisés : seuls les riverains, les livreurs et les services de secours peuvent circuler. Cette mesure a été soutenue par la sous-préfecture de Senlis.

Le but affiché est clair : protéger les habitants et restaurer la sécurité. « C’est une question de sécurité pour les habitants, et d’entretien de la voirie », a déclaré la mairie dans les colonnes de CNEWS. La gendarmerie locale, mobilisée pour contrôler l’accès au village, fait demi-tour aux automobilistes fautifs. Une amende de 150 euros est prévue pour les contrevenants. La maire justifie sa décision dans Le Parisien : « On est totalement conscients du désagrément que ces travaux font subir à tout le monde. Mais les gens ignorent les panneaux de déviation donc il faut bien que l’on réagisse pour des questions de sécurité. »

Klaxons, bruit, pollution : Waze fait vivre un enfer à Eve

Le ras-le-bol des habitants est palpable. Dans La Dépêche, un riverain témoigne : « On est réveillés par le bruit, c’est l’enfer. » La circulation a transformé les nuits en calvaire et les journées en stress permanent. Le vacarme, causé par les moteurs, les klaxons et les passages incessants, a poussé les habitants à signaler en masse leur situation sur Waze, pour tenter de faire disparaître leur village des suggestions d’itinéraires.

Selon La Voix du Nord, l’arrêté est perçu comme une mesure de survie : la traversée du village était devenue dangereuse pour les enfants, impraticable pour les piétons, et menaçait l’intégrité du réseau routier communal. Les automobilistes, eux, contestent parfois la légalité de la mesure sur les réseaux sociaux, l’accusant de « porter atteinte à la liberté de circulation ».

Mais pour la mairie, il ne s’agit pas de restreindre, mais de reprendre le contrôle. Le texte est temporaire, mais reconductible aussi longtemps que le trafic parasite généré par Waze perdurera.

L’algorithme contre le territoire : qui pilote vraiment la route ?

La situation d’Ève n’est pas un cas isolé. D’autres villages, en France comme ailleurs, subissent l’effet secondaire des algorithmes de navigation. En optimisant les itinéraires pour gagner quelques minutes, Waze redistribue le trafic sans tenir compte de la capacité des routes secondaires, ni du cadre de vie local.

La mairie d’Ève a réagi vite, juridiquement, opérationnellement, politiquement. Le cas pose une question de fond : une application peut-elle imposer sa logique à un territoire sans concertation ? Jusqu’où peut aller le droit de circulation, face au droit à la tranquillité et à la sécurité des riverains ?

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