Face à l’explosion des vols de véhicules et de pièces détachées aux États-Unis, le constructeur américain Ford explore une piste technologique inédite. Le 15 octobre 2026, l’United States Patent and Trademark Office (USPTO) a publié un brevet déposé par Ford Global Technologies, LLC, décrivant un système capable de détecter les tentatives de vol et de déplacer automatiquement le véhicule vers une zone plus sûre. Cette innovation combine conduite autonome et intelligence artificielle pour transformer chaque automobile en sentinelle de sa propre sécurité.
Un système de détection proactif basé sur l’intelligence artificielle
Le brevet intitulé « Systems and Methods to Prevent Vehicle Object Theft », déposé le 11 avril 2025, repose sur l’exploitation des capteurs embarqués dont disposent déjà les véhicules modernes. Caméras, radars, lidars et capteurs à ultrasons analysent en permanence l’environnement immédiat du véhicule stationné. L’innovation majeure réside dans la capacité du système à identifier ce que Ford qualifie d’« activité suspecte » grâce à des algorithmes d’apprentissage automatique.
Concrètement, le dispositif surveille plusieurs comportements anormaux. Une personne scrutant l’intérieur du véhicule pendant une durée inhabituelle, un autre automobile effectuant plusieurs passages autour du véhicule stationné, ou encore un parking se vidant progressivement constituent autant de signaux d’alerte. Cette approche préventive marque une rupture avec les systèmes anti-vol classiques qui n’interviennent qu’après l’effraction.
Des manœuvres défensives autonomes pour protéger les éléments vulnérables
L’aspect le plus spectaculaire de cette technologie concerne les stratégies de stationnement défensif décrites dans la documentation technique. Lorsque le niveau de menace atteint un seuil critique, le véhicule peut démarrer son moteur et se repositionner sans intervention humaine. Selon le type de menace détecté, plusieurs tactiques sont envisagées.
Pour contrer le vol de roues, fléau particulièrement répandu sur les modèles haut de gamme, la voiture peut se glisser entre deux obstacles rapprochés, rendant l’accès aux jantes impossible. Face au risque de vol de catalyseur, composant contenant des métaux précieux très convoité par les malfaiteurs, le système abaisse la suspension pneumatique pour réduire la garde au sol et compliquer toute intervention sous le châssis. Le véhicule peut également choisir de se garer sur une surface irrégulière ou en pente, créant des conditions de travail dissuasives pour d’éventuels voleurs.
La protection du coffre et des feux arrière bénéficie d’une approche différente. Le véhicule se positionne contre un mur ou un obstacle fixe, empêchant l’ouverture complète du hayon et le démontage aisé des blocs optiques. Cette diversité de réponses témoigne d’une analyse approfondie des méthodes employées par les réseaux de vol organisé.
Une réponse à une criminalité automobile en forte progression
Cette initiative s’inscrit dans un contexte nord-américain particulièrement préoccupant. En 2024, pas moins de 850 000 véhicules ont été dérobés aux États-Unis, générant des pertes financières estimées à 8 milliards de dollars, soit environ 7,4 milliards d’euros. Au-delà du vol complet de véhicules, le marché noir des pièces détachées connaît une croissance exponentielle, alimenté par la demande croissante en roues de grande dimension, catalyseurs et systèmes électroniques.
Les constructeurs automobiles multiplient les dispositifs de protection, mais les criminels adaptent constamment leurs méthodes. Ford propose déjà plusieurs services anti-vol, notamment Stolen Vehicle Services qui permet de localiser un véhicule dérobé, et la fonction Start Inhibit accessible via l’application FordPass, permettant de bloquer à distance le démarrage du moteur. Néanmoins, ces solutions interviennent après l’infraction, contrairement au système autonome qui ambitionne de prévenir le vol avant qu’il ne se produise.
Entre innovation prometteuse et incertitudes réglementaires
Malgré l’ingéniosité technique du dispositif, le passage du stade de brevet à l’application commerciale soulève de nombreuses interrogations. Aucun calendrier d’industrialisation n’a été communiqué par Ford, et le constructeur de Dearborn reste discret sur ses intentions concrètes. La publication d’un brevet ne garantit nullement sa mise en Å“uvre, de nombreux dépôts servant avant tout à protéger des concepts exploratoires ou à anticiper les développements futurs de la concurrence.
Les obstacles réglementaires constituent un défi majeur. Autoriser un véhicule à se déplacer de manière autonome sur un parking public ou privé nécessite des homologations spécifiques et soulève des questions de responsabilité juridique. En cas de collision avec un autre véhicule ou un piéton lors d’une manÅ“uvre anti-vol, qui serait tenu responsable ? Le propriétaire, le constructeur, ou le gestionnaire du parking ? Ces zones grises juridiques devront être clarifiées avant toute commercialisation.
L’acceptabilité sociale représente un autre enjeu non négligeable. Les usagers de parkings pourraient s’inquiéter de voir des véhicules se déplacer sans conducteur visible, créant potentiellement des situations dangereuses. La confusion entre un vol en cours et un repositionnement autonome pourrait également générer des interventions inappropriées de la part de témoins bien intentionnés.
