Le bilan de Stellantis pour 2024 est sans appel : une baisse de 17 % du chiffre d’affaires net, qui s’établit à 156,9 milliards d’euros, et une chute vertigineuse de 70 % du bénéfice net, ramené à 5,5 milliards d’euros. Le résultat opérationnel courant recule de 64 %, avec une marge réduite à 5,5 %. Cette dégringolade s’explique principalement par une diminution des volumes d’expédition de 12 %, en raison de l’absence de certains modèles dans l’offre produit et des ajustements de stocks désormais terminés.
Le free cash-flow industriel affiche un inquiétant -6 milliards d’euros, conséquence directe de la baisse des revenus et d’une augmentation temporaire du fonds de roulement. Pourtant, Stellantis parvient à maintenir une solide trésorerie, avec 49,5 milliards d’euros de liquidités industrielles disponibles et une position financière nette de 15,1 milliards d’euros.
Pourquoi Stellantis a-t-il connu une année aussi difficile ?
Plusieurs facteurs expliquent ces résultats en net recul. Tout d’abord, l’une des raisons de cette contre-performance réside dans les retards de production et de lancement de certains modèles clés, notamment la Citroën ë-C3, qui a subi plusieurs mois de retard en raison de problèmes de conception. Cette absence temporaire de modèles a pesé sur les ventes et freiné la dynamique commerciale du groupe.
Ensuite, la baisse de rentabilité est particulièrement frappante sur les marchés nord-américains et européens. En Amérique du Nord, la marge opérationnelle s’est effondrée de 15,4 % à 4,2 %, particulièrement en raison des concessions accordées pour écouler les stocks excédentaires des concessionnaires. En Europe, la situation n’est guère plus reluisante, avec une marge tombée à 4,1 % contre 9,8 % en 2023. Seules l’Amérique du Sud (14,3 %) et la zone Afrique-Moyen-Orient (18,8 %) affichent encore des performances solides, mais leur poids reste insuffisant pour compenser les pertes des marchés clés.
Par ailleurs, Stellantis a dû faire face à un environnement économique difficile, marqué par un ralentissement du marché automobile et des tensions sur les chaînes d’approvisionnement. L’évolution des normes environnementales et les ajustements nécessaires pour respecter la réglementation CO2 ont également joué un rôle dans cette année compliquée.
En réaction à ces résultats décevants, le titre Stellantis a chuté de 4,24 % à 12,91 euros, enregistrant ainsi la plus forte baisse du CAC40, signe de la défiance des investisseurs face aux perspectives incertaines du groupe.
2025 : l’année du rebond grâce aux nouvelles plateformes ?
Malgré ces difficultés, Stellantis reste confiant pour 2025. L’un des piliers de sa stratégie repose sur le déploiement de nouvelles plateformes multi-énergies. Parmi les modèles phares à venir :
- STLA Medium : plateforme destinée aux Peugeot E-3008, E-5008 et Opel Grandland, offrant des motorisations électriques, hybrides et hybrides rechargeables.
- STLA Large : qui équipera notamment les Jeep Wagoneer S, Dodge Charger Daytona et des modèles Alfa Romeo et Maserati.
- STLA Frame : adaptée aux SUV et pick-up de grande taille, comme le Ram 1500 Ramcharger, prévu pour 2025.
- Smart Car : dédiée aux véhicules urbains accessibles, avec la Citroën ë-C3 et la nouvelle Fiat Grande Panda.
Stellantis mise aussi sur l’intelligence artificielle embarquée, avec son partenariat avec Mistral AI pour développer un assistant vocal avancé, et le lancement de STLA AutoDrive 1.0, un système de conduite autonome de niveau 3.
Qui va remplacer Tavares ?
Le groupe prévoit un retour à la croissance, avec une marge opérationnelle positive et un free cash-flow industriel redevenant positif. Il annonce également un dividende de 0,68 € par action, avec un rendement de 5 %, signe de confiance malgré les mauvais résultats de 2024.
Autre signe du repositionnement stratégique du groupe : la volonté d’instaurer un dialogue renforcé avec les concessionnaires et les fournisseurs, notamment aux États-Unis. Ces derniers avaient critiqué la politique tarifaire de l’ère Carlos Tavares, qui avait conduit à des stocks surévalués et difficilement vendables.
L’enjeu principal de ces prochains mois est aussi la nomination du prochain PDG de Stellantis, attendue au premier semestre 2025, depuis le départ de Carlos Tavares en décembre 2024.
