Pendant quarante ans, le site de Viry-Châtillon en Essonne a été la forge des moteurs de Formule 1 les plus prestigieux de Renault. Mardi 22 octobre 2026, Alpine Racing a officiellement changé de mains : Renault a cédé sa filiale au groupe belge Dumarey, spécialiste des technologies de propulsion. Un tournant émotionnel pour les passionnés de motorsport français, qui voient partir un symbole de l’excellence technique nationale.
Alpine Racing : quatre décennies au cœur de la Formule 1 française
Alpine Racing SAS n’est pas l’écurie de Formule 1 que l’on voit sur les circuits, mais la société qui conçoit et fabrique les moteurs. Basée à Viry-Châtillon depuis les années 1980, elle emploie aujourd’hui environ 150 ingénieurs et techniciens spécialisés dans le développement de propulseurs haute performance. Pendant quatre décennies, ces équipes ont perfectionné l’art du moteur thermique de compétition, accumulant un savoir-faire unique en combustion, aérodynamique interne et électronique embarquée. Le site abrite des bancs d’essai ultra-sophistiqués, des salles blanches pour l’assemblage et des outils de simulation numérique de pointe.
Les grands moments de Viry-Châtillon : des titres mondiaux et des innovations
Les moteurs sortis de Viry-Châtillon ont propulsé Renault vers 12 titres constructeurs et 11 titres pilotes en Formule 1. Fernando Alonso a décroché deux championnats du monde (2005 et 2006) grâce aux V8 conçus en Essonne. Sebastian Vettel, chez Red Bull Racing, a ensuite dominé quatre saisons consécutives (2010 à 2013) avec des propulseurs Renault. Au-delà des victoires, le site a introduit des innovations majeures : le turbocompresseur dans les années 1980, les moteurs hybrides V6 dans l’ère moderne, et des systèmes de récupération d’énergie cinétique (MGU-K) qui ont inspiré l’automobile de série. Cette capacité à innover a fait de Viry-Châtillon une référence mondiale, admirée par les ingénieurs du monde entier.
Pourquoi Renault a-t-il dû abandonner les moteurs F1 ?
Le 30 septembre 2024, Renault a annoncé l’arrêt de son programme moteur F1 à l’issue de la saison 2025. François Provost, directeur général de Renault, a justifié cette décision brutale : « Mon boulot en tant que directeur général, c’est de faire des choix. L’industrie automobile mondiale souffre beaucoup. Et pour moi, la priorité, c’est de garder la F1 », a-t-il déclaré selon Le Figaro. Garder la F1, mais pas les moteurs : Renault a choisi de devenir client de Mercedes à partir de 2026, une solution clé en main qui préserve l’écurie Alpine F1 Team basée à Enstone (Royaume-Uni) tout en abandonnant la conception interne.
Les chiffres expliquent cette rupture. Développer des moteurs F1 coûtait environ 120 millions d’euros par an à Renault, selon Journal Auto. Dans un contexte de transition vers l’électrique et de pression sur les marges, ce budget devenait insoutenable. Acheter des moteurs à Mercedes permet d’économiser massivement tout en restant compétitif sur les circuits. Parallèlement, Renault a tenté de reconvertir Viry-Châtillon via Hypertech Alpine, un projet censé développer des supercars et des batteries haute densité. Mais cette promesse n’a jamais tenu : Hyvia, la filiale hydrogène, a été liquidée en février 2026, et les investissements annoncés ont été gelés. Le site a perdu 200 emplois en deux ans, passant de 350 à 150 salariés.
La transition : Alpine F1 passe à Mercedes, Alpine Racing à Dumarey
Il faut bien distinguer : Alpine F1 Team, l’écurie qui court en championnat du monde, n’est pas concernée par cette cession. Elle poursuit son activité à Enstone et utilisera des moteurs Mercedes dès la saison 2026. Comme le précise F1actu, Pierre Gasly et Jack Doohan continueront de piloter sous les couleurs Alpine, mais avec des propulseurs allemands. Cette dissociation symbolise la fin du rêve vertical de Renault : être à la fois constructeur, motoriste et écurie.
Le groupe Dumarey, familial et basé en Belgique, est spécialisé dans les technologies de propulsion et l’ingénierie avancée. Son fondateur et président, Guido Dumarey, a déclaré : « Notre ambition est de préserver et de développer davantage cette expertise exceptionnelle en ingénierie tout en créant de nouvelles opportunités de croissance », selon Motorsport. Dumarey souhaite valoriser le savoir-faire F1 auprès d’autres écuries de compétition et diversifier ses activités dans le motorsport. Toutefois, ses antécédents en France inquiètent : le groupe a fermé son usine de Strasbourg en janvier 2026 (320 emplois supprimés) et arrêté celle d’Andrézieux-Bouthéon dans la Loire (environ 260 emplois).
Les 150 salariés de Viry-Châtillon : continuité et incertitudes
Les 150 employés d’Alpine Racing seront tous repris par Dumarey, avec une garantie de maintien des salaires et avantages sociaux pendant 24 mois. Au-delà, l’avenir reste flou. La finalisation de la cession dépend de la consultation des représentants du personnel et des autorisations réglementaires. Jean-Marie Vilain, maire de Viry-Châtillon, a critiqué la reconversion inaboutie sous Renault, accusant le constructeur d’avoir manqué à ses engagements.

