L’année 2025 marque une étape clé pour Stellantis dans le domaine de la batterie. Le constructeur expérimente le projet IBIS sur un prototype Peugeot e-3008 et annonce parallèlement des progrès sur les cellules FEST développées avec Factorial Energy. Ces deux voies, l’une architecturale, l’autre chimique, visent à combiner autonomie, compacité et performance de recharge dans ses futurs modèles électriques.
IBIS : architecture intégrée et rendement optimisé
La principale nouveauté d’IBIS repose sur l’intégration des fonctions de chargeur et d’onduleur dans les modules de la batterie. Ce choix d’architecture électronique supprime deux blocs de puissance distincts, allégeant le véhicule d’environ 40 kg et libérant de l’espace dans le compartiment moteur. Le gain de masse, associé à une réduction des pertes électriques, se traduit par une autonomie comparable à une batterie plus grosse.
Sur le prototype Peugeot e-3008 équipé d’une batterie de 65 kWh et d’un moteur de 230 ch, les mesures affichent une efficacité de charge de 95,5 % sur borne 11 kW et 96,5 % sur borne 22 kW. La recharge sur borne 7 kW est environ 15 % plus rapide que sur un modèle classique, grâce à la conversion intégrée qui réduit les étapes intermédiaires.
FEST : densité énergétique et électrolyte solide
En parallèle, Stellantis avance sur les cellules FEST à électrolyte solide. Validées en laboratoire en format automobile de 77 Ah, elles offrent une densité de 375 Wh/kg, soit un gain significatif par rapport aux batteries lithium-ion actuelles. Cette densité permet de viser une autonomie supérieure à 700 km pour une berline standard de 80 kWh, à masse équivalente.
Autre avantage, la recharge. Les tests indiquent qu’un passage de 15 % à 90 % d’énergie est réalisable en 18 minutes à température ambiante, avec une tenue thermique allant de -30 °C à +45 °C. Les cellules résistent par ailleurs à plus de 600 cycles complets charge-décharge, un seuil conforme aux exigences automobiles pour une mise en service commerciale.
Gestion thermique et intégration aux plateformes STLA
Au-delà des chiffres bruts, la réussite de ces nouvelles batteries dépend en grande partie de leur gestion thermique et de leur intégration aux plateformes du groupe. IBIS, en supprimant des blocs externes, rapproche l’électronique des cellules, ce qui impose une maîtrise fine de la dissipation thermique. Un mauvais équilibrage pourrait réduire la durée de vie des modules. Stellantis affirme avoir validé une architecture de refroidissement optimisée pour compenser cette proximité accrue.
Sur les plateformes STLA Large et Medium, la combinaison d’IBIS et de FEST ouvre la voie à des gains significatifs. Une berline équipée d’un pack de 80 kWh pourrait peser 50 à 70 kilos de moins qu’un modèle actuel, tout en offrant une autonomie de la batterie majorée de 15 à 20 %. Cette évolution ne touche pas seulement la performance brute : elle améliore aussi l’empreinte énergétique par kilomètre, un atout stratégique dans un marché de plus en plus contraint par les réglementations européennes sur l’efficacité.
Défis industriels et perspectives d’intégration
Si IBIS s’inscrit dans une logique d’optimisation d’architecture, FEST constitue un saut chimique plus complexe. La mise en production de cellules solides reste coûteuse et exige des procédés spécifiques pour garantir homogénéité et sécurité. Stellantis prévoit néanmoins une flotte pilote en 2026, afin de valider ces technologies en conditions réelles.
Les deux projets s’intègrent dans la stratégie STLA, avec une déclinaison possible sur les plateformes Large et Medium. À terme, l’association d’IBIS et de FEST pourrait permettre des véhicules plus légers, dotés d’une autonomie accrue et de temps de recharge proches de ceux d’un plein d’essence. Pour Ned Curic, directeur technique du groupe, « atteindre ce niveau de performance reflète la force de notre collaboration avec Factorial ». Reste à savoir si Stellantis parviendra à transformer ces avancées prometteuses en une production de masse fiable et compétitive, condition indispensable pour s’imposer face à la concurrence mondiale.






