L’accord conclu entre la France et l’Allemagne le 15 octobre 2026 redéfinit les orientations de l’industrie automobile pour la prochaine décennie. Parmi les principales mesures : une réduction des émissions de CO2 de 90% d’ici 2035 sans obligation de compensation, l’élargissement des supercrédits aux modèles électriques haut de gamme, le maintien des véhicules thermiques dans les flottes d’entreprise, et un renforcement du Made in Europe à partir de 2028. Ce compromis, obtenu lors du Conseil européen de Bruxelles, vise à débloquer les négociations du paquet automobile européen tout en préservant la compétitivité du secteur face à la concurrence chinoise. Le compromis entre Paris et Berlin entend ainsi concilier ambition environnementale et réalités économiques.
Les trois changements clés pour l’industrie automobile
Objectif 2035 : réduction de 90% sans compensation obligatoire
D’ici 2035, les constructeurs doivent réduire de 90% les émissions de CO2 de leurs nouveaux véhicules, sans obligation de compenser les 10% restants. Initialement, la Commission européenne exigeait une compensation pour ces émissions résiduelles, mais Paris et Berlin ont écarté cette contrainte. Les marques peuvent donc conserver une proportion limitée de véhicules thermiques ou hybrides sans subir de pénalités financières. Selon JournalAuto, cette flexibilité répond aux préoccupations des industriels allemands quant à la viabilité économique d’une transition intégrale vers l’électrique. Cela permet aux constructeurs d’adapter leurs gammes aux réalités du marché tout en poursuivant un objectif ambitieux.
Extension des supercrédits : opportunités pour les grands modèles électriques
Le système de supercrédits, qui incitait à la production de petites voitures électriques, s’étend désormais aux modèles de plus grande taille. Les constructeurs peuvent ainsi utiliser un coefficient multiplicateur pour ces véhicules dans leurs calculs d’émissions moyennes, facilitant le respect des normes. Les marques comme BMW, Mercedes et Audi, spécialisées dans les segments premium, bénéficieront directement de cette mesure. L’objectif est de stimuler l’électrification des gammes haut de gamme, tout en restant rentables.
Véhicules thermiques en flotte : une flexibilité bienvenue
Les véhicules thermiques à faibles émissions pourront être intégrés dans les flottes d’entreprises sans compromettre les objectifs environnementaux. Les hybrides rechargeables et moteurs optimisés demeurent donc pertinents, offrant aux gestionnaires de flottes une flexibilité précieuse. Pour les constructeurs, cette mesure prolonge la rentabilité des plateformes thermiques et accompagne la transition électrique. Renault, Stellantis et Volkswagen, qui investissent dans l’hybride rechargeable, conservent des débouchés commerciaux jusqu’à la fin de la décennie.
Conséquences du resserrement du Made in Europe
Zones de production autorisées dès 2028
À partir de 2028, le Made in Europe limitera les financements publics aux véhicules et composants produits dans l’UE et ses partenaires proches : Royaume-Uni, Norvège et Suisse. Le Monde précise que l’Allemagne accepte ces conditions en échange d’un assouplissement environnemental. Les subventions sont réservées aux productions locales, excluant les véhicules assemblés en Chine ou en Turquie. Pour le Royaume-Uni, son inclusion dépend de l’alignement de sa politique commerciale avec Bruxelles, en augmentant les droits de douane sur les voitures électriques chinoises. Un sommet UE-Royaume-Uni, prévu le 20 novembre 2026, devrait formaliser cet engagement.
Impact sur les usines et chaînes d’approvisionnement européennes
La restriction du Made in Europe favorise les sites de production européens, sécurisant les chaînes d’approvisionnement locales. Les constructeurs chinois implantés en Europe devront accélérer leur localisation pour bénéficier des aides publiques. Inversement, les marques européennes qui assemblent en Chine perdront l’accès aux subventions, rendant ce modèle moins attractif. Les équipementiers de batteries, moteurs électriques et électronique installés dans l’UE27 voient leur position renforcée. Northvolt, ACC (Stellantis-TotalEnergies-Mercedes) et les gigafactories européennes en tireront un avantage direct.
Impact sur les portefeuilles produits des constructeurs
Maintien des véhicules thermiques et hybrides
L’accord permet de maintenir les véhicules thermiques et hybrides jusqu’en 2035. Les constructeurs peuvent planifier leur maintien sans craindre de lourdes sanctions. Stellantis, qui commercialise encore 70% de véhicules thermiques en Europe, dispose de plus de temps pour amortir ses investissements. Volkswagen, Toyota et Hyundai, leaders de l’hybride, conservent un avantage concurrentiel face aux pure players électriques.
Accélération des modèles électriques premium
L’extension des supercrédits incite les constructeurs premium à accélérer leurs lancements. Mercedes prévoit d’électrifier 80% de sa gamme d’ici 2030, BMW vise 50% de ventes électriques en 2027, et Audi multiplie les SUV électriques. Les marques DS et Alpine positionnent des modèles haut de gamme pour profiter de cette dynamique. Les constructeurs chinois, investissant dans le premium, bénéficieront également des supercrédits s’ils produisent en Europe.
Calendrier de mise en œuvre et prochaines étapes
L’accord doit encore être approuvé par le parti social-démocrate allemand (SPD) avant validation formelle. Paris et Berlin souhaitent une adoption rapide par les institutions européennes. L’ACEA espère une adoption début 2027 pour sécuriser la planification industrielle. Le sommet UE-Royaume-Uni du 20 novembre 2026 est crucial pour l’intégration britannique au Made in Europe. Selon 20 Minutes, la déclaration franco-allemande présente le paquet comme une « négociation équilibrée ». Les mois à venir détermineront si les autres États membres suivent ou modifient cet accord.
Les constructeurs disposent désormais d’une visibilité accrue pour ajuster leurs stratégies et investissements. L’équilibre entre ambition climatique et réalisme économique doit convaincre Bruxelles, ainsi que les organisations environnementales critiques. Pour l’industrie automobile européenne, confrontée aux prix du carburant et au besoin de moderniser ses équipements, cet accord est à la fois une opportunité et un défi pour rester compétitive face à la Chine.

