Le 15 septembre 2025, la Cour des comptes a publié un rapport sur la contribution des usagers au financement des transports collectifs urbains. Les magistrats financiers y dressent un constat sévère : la gratuité des transports en commun entraîne des dépenses importantes mais ne détourne pas massivement les usagers de la voiture.
Des ambitions écologiques peu suivies d’effets
Dès leur lancement, les politiques de gratuité dans les transports en commun avaient pour ambition de réduire l’usage de la voiture individuelle. Les élus de Dunkerque, par exemple, espéraient faire baisser la circulation automobile avec la gratuité intégrale instaurée en 2018. Certes, la fréquentation des bus a bondi de 60 % dans les premiers mois, mais la Cour des comptes observe que cette hausse correspond surtout à des déplacements supplémentaires, pas à un transfert de conducteurs vers les transports collectifs.
Le rapport souligne que les habitudes de mobilité restent difficiles à changer. La voiture garde des avantages de souplesse et de rapidité, surtout dans les zones périurbaines. De plus, dans certains quartiers, ces transports sont plutôt mal fréquentés, ou ont la réputation de l’être. Certaines femmes ne les prennent pas, et les familles peuvent également choisir de les éviter. Résultat : la gratuité des transports en commun attire surtout des usagers déjà familiers des bus ou trams, plutôt que de convaincre de nouveaux automobilistes.
L’exemple de Montpellier et Niort : un coût élevé pour peu de report modal
À Montpellier, la gratuité totale mise en place depuis 2023 coûte près de 30 millions d’euros par an. Mais les données de fréquentation des transports en commun montrent que la hausse d’usagers vient surtout des habitants qui utilisaient déjà le réseau, et non des conducteurs laissant leur voiture au garage. La Cour estime donc que l’effet écologique est marginal, malgré l’investissement massif de la collectivité.
Le constat est similaire à Niort, où la fréquentation n’a progressé que de 10 %. Là encore, la voiture reste privilégiée pour la majorité des trajets, notamment dans les zones peu desservies par les bus. La gratuité des transports en commun y représente pourtant une perte de 2,5 millions d’euros par an, sans résultat probant sur la congestion routière.
La qualité du service menacée par la gratuité
En attirant davantage de passagers sans élargir l’offre, certaines villes ont vu leur réseau saturé. La Cour des comptes prévient que la gratuité des transports en commun peut se transformer en effet boomerang : davantage de monde dans les bus, mais une qualité de service qui se dégrade. Pour les automobilistes hésitant à changer d’habitudes, un service surchargé ne constitue donc pas une alternative crédible.
Ce paradoxe est au cœur de la critique de la Cour : au lieu d’investir dans la fréquence, la modernisation et la fiabilité des réseaux, certaines collectivités immobilisent des budgets entiers dans la suppression des recettes tarifaires. Or, pour détourner durablement de la voiture, c’est bien l’amélioration de l’offre qui compte plus que la gratuité.
Un débat crucial pour l’avenir des mobilités
Pour la Cour des comptes, la gratuité ne peut pas être la solution miracle à la dépendance automobile. Elle recommande plutôt de cibler les réductions tarifaires sur les publics qui en ont besoin, tout en investissant dans la performance du réseau. La voiture reste aujourd’hui le mode dominant pour la majorité des trajets quotidiens, et seule une offre de transports en commun plus dense, plus rapide et plus fiable pourrait vraiment inverser la tendance.
Le rapport met ainsi les élus face à un dilemme : séduire par une gratuité populaire mais coûteuse, ou financer des réseaux capables de concurrencer réellement la voiture. Pour le secteur automobile comme pour celui des transports collectifs, les conclusions de la Cour rappellent que la bataille pour la mobilité du futur ne se joue pas sur le prix du ticket, mais sur la qualité et l’efficacité des alternatives.






