Le 13 mai 2025, Nissan a annoncé une perte annuelle nette de 670,9 milliards de yens, soit environ 4,1 milliards d’euros. Un bilan catastrophique pour l’un des piliers de l’industrie automobile japonaise. Ce choc économique est loin d’être anecdotique : il révèle des failles structurelles majeures dans la stratégie produit, la gestion des plateformes industrielles et l’adaptation à l’électrification. Nissan, naguère pionnière du véhicule électrique avec la Leaf, subit aujourd’hui de plein fouet un double décrochage : technologique et industriel.
Une restructuration industrielle sans précédent dans l’histoire de Nissan
La feuille de route annoncée par le PDG Ivan Espinosa est brutale. Nissan s’apprête à fermer 7 de ses 17 usines de production dans le monde d’ici l’exercice 2027, réduisant ainsi ses capacités de fabrication de 20 %. Cette consolidation industrielle vise à redresser une entreprise dont le taux d’utilisation des capacités est passé en dessous de 65 %, un seuil critique dans l’industrie automobile.
La suppression de 20 000 postes, soit 15 % des effectifs, s’ajoute à la fermeture de sites historiques, y compris au Japon — une première depuis plus de trois décennies. L’impact sur les lignes d’assemblage, les sous-traitants et les chaînes logistiques régionales s’annonce massif.
Un portefeuille produit en perte de vitesse
La gamme actuelle de Nissan souffre d’un vieillissement alarmant. Sur plusieurs marchés clés comme les États-Unis, le Japon et la Chine, les modèles comme les Altima, X-Trail ou encore Maxima sont dépassés en termes de conception, de technologies embarquées et d’efficience énergétique.
Là où Tesla et les constructeurs chinois comme BYD imposent une cadence soutenue sur l’innovation électrique, Nissan stagne. Le constructeur n’a pas réussi à capitaliser sur son avance précoce dans l’électrification. La Leaf, lancée en 2010, a certes ouvert la voie mais n’a jamais été suffisamment renouvelée pour tenir la distance face à la concurrence de plus en plus agile.
L’électrification en panne : un retard stratégique
L’échec du rapprochement avec Honda, abandonné en février 2025, a fermé une piste de mutualisation pour les plateformes électriques. Nissan accuse aujourd’hui un retard sur les architectures à batterie et sur la chaîne de valeur des composants clés, notamment les cellules lithium-ion.
Plus grave encore, le constructeur a récemment annulé un projet d’usine de batteries d’un milliard de dollars dans le sud du Japon, censé alimenter ses futures gammes électrifiées. Cette décision est symptomatique d’un recul stratégique majeur dans un marché où l’intégration verticale devient la norme.
Une rentabilité industrielle sous pression
La structure de coûts de Nissan est aujourd’hui trop lourde. Le constructeur fait face à un endettement important, à des investissements mal calibrés et à des volumes de production en baisse. En 2024, Nissan n’a produit que 3,5 millions de véhicules, loin des 5,8 millions atteints en 2017.
Les agences de notation ont abaissé sa dette à la catégorie spéculative, et la perte de compétitivité est telle que même ses usines les plus modernes fonctionnent à un rythme très en dessous des seuils de rentabilité.
Un impact en cascade sur les plateformes et l’ingénierie partagée avec Renault
Bien que l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ait été réaménagée, les plateformes CMF (Common Module Family) sont encore partagées. Or, les retards ou compressions de budgets chez Nissan compromettent les cadences d’homologation et de développement de modèles futurs chez Renault.
Les retards de lancement sur les SUV compacts électrifiés, les plateformes communes pour les utilitaires, ou encore la stratégie d’hybridation légère pourraient affecter la gamme Renault dès 2026.
La crise que traverse Nissan est bien plus qu’un accident de parcours. Elle marque l’effondrement d’un modèle industriel bâti sur une internationalisation mal maîtrisée et une électrification mal anticipée. L’avenir de Nissan suscite aujourd’hui une réelle inquiétude : le constructeur a-t-il encore les moyens de réinventer son identité technologique et de redevenir un acteur majeur dans la bataille mondiale de l’automobile ?






