Pourquoi de plus en plus de garagistes refusent les voitures électriques alors que les conducteurs n’ont jamais autant économisé en entretien

97 % de conducteurs électriques satisfaits, mais la nuit, plus d’un sur deux change ses habitudes à la borne. Sécurité, tarifs, autonomie hivernale : ce que révèle vraiment cette enquête ADAC.

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Pourquoi de plus en plus de garagistes refusent les voitures électriques alors que les conducteurs n'ont jamais autant économisé en entretien
Pourquoi de plus en plus de garagistes refusent les voitures électriques alors que les conducteurs n’ont jamais autant économisé en entretien © L'Automobiliste

Selon une enquête de l’ADAC, le club automobile allemand, menée auprès de 1 060 utilisateurs de voitures électriques et publiée le 23 septembre 2026, 97 % des personnes interrogées se déclarent satisfaites de leur véhicule. Le détail affine le tableau : 70 % se disent très satisfaites et 27 % satisfaites. Les résultats, obtenus en Allemagne, sont jugés transposables à la France.

Ce niveau d’adhésion ne signifie pas que les voitures électriques n’ont plus de défaut, mais que ceux-ci ne suffisent généralement plus à peser sur l’appréciation globale des utilisateurs. Beaucoup d’anciens conducteurs d’un modèle essence ou diesel décrivent même la transition comme simple.

Un quart des conducteurs encore gênés par l’autonomie

L’autonomie, longtemps présentée comme le principal frein à l’achat d’une électrique, n’est plus un obstacle pour la majorité des répondants. Beaucoup estiment que la distance disponible correspond à leurs besoins et ont appris à composer avec l’écart entre la valeur homologuée par le constructeur et celle observée au quotidien. Environ 24 % jugent néanmoins cet écart gênant ou perfectible.

La météo pèse aussi sur les performances : une batterie lithium-ion et la chaîne de traction fonctionnent différemment selon la température, et le chauffage de l’habitacle consomme de l’énergie supplémentaire. Un quart des répondants (25 %) trouve gênantes ou très gênantes les variations d’autonomie entre été et hiver, et 29 % supplémentaires disent être au moins occasionnellement contrariés par ce phénomène.

La recharge publique, maillon plus fragile

Près des deux tiers des utilisateurs se disent satisfaits ou très satisfaits du réseau de recharge public allemand, un taux inférieur aux 97 % relevés pour les véhicules eux-mêmes. Un quart des répondants estime que les tarifs, ou leur transparence, doivent progresser.

Contrairement à une station-service où le prix du litre s’affiche immédiatement, le montant d’une recharge varie selon l’opérateur, le contrat du client ou le moyen utilisé pour accéder à la borne, une situation jugée commune à l’ensemble des pays européens. Cette lisibilité tarifaire est citée comme prioritaire, devant même une éventuelle baisse des prix.

Côté paiement, 42 % des utilisateurs rechargent ponctuellement sans être liés à une formule, 40 % disposent d’une offre sans abonnement mensuel et seulement 14 % ont un contrat avec cotisation fixe. Applications et cartes de recharge restent les moyens les plus utilisés, mais plus d’un tiers des usagers du réseau public ont déjà réglé directement par carte bancaire à la borne.

À tarif identique, environ un quart des répondants privilégierait une application, une proportion similaire la carte bancaire. La carte propre à un opérateur n’attire plus qu’un utilisateur sur cinq environ.

La nuit, plus d’un usager sur deux change ses habitudes

56 % des usagers des bornes publiques expliquent modifier leur comportement de recharge à la tombée de la nuit pour des raisons de sécurité : éviter certains sites, différer la recharge, ne s’arrêter qu’en présence d’une autre personne, ou renoncer à charger en extérieur une fois la nuit tombée. Chez les femmes, cette proportion grimpe à 67 %, contre 49 % chez les hommes.

La borne publique est souvent un espace isolé, mal éclairé, éloigné d’un commerce ou d’une aire de services et sans présence humaine. Plus de 60 % des participants citent un meilleur éclairage ou une vidéosurveillance comme réponses utiles. Les femmes accordent davantage d’importance à la présence de personnel et à l’implantation des stations dans des endroits fréquentés et faciles d’accès.

Un conducteur qui renonce à une borne par manque de sentiment de sécurité en réduit d’autant l’utilité pratique, malgré sa présence dans les statistiques nationales.

Un entretien jusqu’à 30 % moins coûteux, un casse-tête pour les garages

En dehors de l’usage quotidien, l’essor des voitures électriques change aussi la donne économique, pour les automobilistes comme pour les garages. Selon AutoBild, le coût d’entretien d’un modèle électrique peut être jusqu’à 30 % inférieur à celui d’un équivalent thermique, un gain que plusieurs études françaises situent entre 20 % et 40 %.

Un moteur électrique contient très peu de pièces en mouvement : plus de vidange d’huile, de bougies, de filtre à air ni de courroie de distribution. Les freins, grâce au freinage régénératif, durent parfois deux fois plus longtemps que sur un thermique.

Les pneus, eux, s’usent davantage, le poids du véhicule pouvant grimper jusqu’à 30 % à cause de la batterie, conjugué à un couple immédiat au démarrage. Résultat, les révisions s’espacent : tous les deux ans ou 30 000 km, contre chaque année ou environ 20 000 km pour un modèle thermique.

Reste la batterie, pièce centrale du véhicule, qui se dégrade avec le temps et les cycles de charge, un peu comme celle d’un smartphone. Les constructeurs la garantissent en général pour 8 ans ou 160 000 km, avec un seuil de 70 % à 80 % de capacité restante.

En théorie, elle est conçue pour durer toute la vie de la voiture, mais pas forcément avec les mêmes performances qu’au premier jour. Ce changement, moins débattu que le prix d’achat, l’autonomie ou les bornes de recharge, pèse pourtant lourd sur le modèle économique des garages traditionnels.

Les garages traditionnels perdent une part de leur activité

Vidanges, embrayages, courroies de distribution, systèmes d’échappement, filtres, injections encrassées : ces opérations, qui ont longtemps nourri le chiffre d’affaires des ateliers, disparaissent ou se réduisent fortement avec le 100 % électrique. Selon les travaux de l’Association nationale pour la formation automobile, les véhicules électriques génèrent peu d’activité d’entretien et de réparation, hors pneumatiques, et la montée progressive de leur part dans le parc pourrait réduire les besoins en main-d’œuvre dans l’après-vente.

Le diagnostic d’un système haute tension, la gestion d’une batterie de traction ou d’un onduleur de puissance exigent des formations spécifiques et du matériel coûteux. Dans le milieu, une formule circule : « il n’y a plus de mécanos ».

Les garagistes ont déjà traversé plusieurs révolutions techniques, l’arrivée de l’électronique puis des aides à la conduite, mais beaucoup jugent le virage actuel d’une autre nature. Un choc est redouté pour les petits garages indépendants, notamment en zone rurale, qui n’ont pas toujours les moyens d’investir dans la formation et l’équipement.

Le risque est que les réseaux de concessions et réparateurs agréés captent l’essentiel de l’entretien des modèles électriques, en particulier pour les interventions complexes.

Le parc automobile français reste cependant très majoritairement thermique et vieillit : de nombreuses voitures ont plus de dix ans, parfois quinze ou vingt. Les modèles neufs, plus chers, poussent de nombreux automobilistes vers l’occasion, et les véhicules thermiques anciens continuent de réclamer un entretien classique souvent lourd, entre embrayages, amortisseurs et corrosion de l’échappement.

Certains garages misent déjà sur la formation à la haute tension ou se spécialisent dans la batterie et les systèmes de charge.

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