Pourquoi de plus en plus de Français se ruent sur le bioéthanol à 90 centimes le litre alors que les risques sont réels

400 000 Français roulent déjà à l’éthanol à 0,90 euro le litre. Mais entre boîtiers homologués et reprogrammations risquées, certains garagistes redoutent casses moteurs et pistons percés. Quelle option choisir sans y laisser votre véhicule ?

Publié le
Lecture : 3 min
Pourquoi de plus en plus de Français se ruent sur le bioéthanol à 90 centimes le litre alors que les risques sont réels
Pourquoi de plus en plus de Français se ruent sur le bioéthanol à 90 centimes le litre alors que les risques sont réels © L'Automobiliste

« On se fait harceler. On reçoit entre 100 et 200 appels par jour depuis trois semaines. », cite actu.fr. Ce commercial de Shiftech, centre spécialisé en reprogrammation moteur et conversion E85 joint par téléphone, décrit une demande qui ne faiblit pas. Son constat résume l’engouement actuel pour le bioéthanol, carburant réservé aux véhicules essence que les automobilistes adoptent en nombre pour alléger leur budget.

Le litre d’E85 s’affiche autour de 0,90 euro. Fabriqué à partir de maïs, de blé, de betterave et d’un peu d’essence, ce mélange composé à 85 % d’éthanol et 15 % d’essence sans plomb subit beaucoup moins l’envolée des cours du pétrole que l’essence classique.

Une économie annuelle pouvant atteindre 600 euros pour 15 000 kilomètres parcourus, par rapport au SP95-E10, est par ailleurs possible. Selon FlexFuel Energy Development, environ 400 000 véhicules roulent déjà à l’E85 en France, pour près de 15 millions de modèles éligibles à la conversion. Les diesels, eux, ne peuvent recevoir aucun boîtier.

Boîtier homologué, l’unique solution encadrée par la loi

Trois voies permettent de rouler à l’E85 : le moteur flex-fuel d’origine, la reprogrammation moteur et le boîtier de conversion homologué. Seule cette dernière option est encadrée par un arrêté du 30 novembre 2017. Un boîtier coûte entre 799 et 1 200 euros selon la cylindrée et la catégorie du véhicule, précise Jean-Philippe Porté, installateur agréé et gérant de Ouest Littoral Automobiles aux Sables-d’Olonne, en Vendée.

Dans l’Isère, la commune de La Tour-du-Pin finance entre 30 % et 50 % de cette installation selon les revenus des habitants.

La pose dure entre deux et quatre heures. Après avoir localisé les injecteurs, un travail minutieux selon le garagiste Matthieu Vales, le professionnel fixe le boîtier dans le compartiment moteur et le relie par un faisceau. Reste ensuite à mettre à jour la carte grise, mentionner l’énergie adaptée et prévenir son assurance.

Seul un professionnel agréé par le fabricant ou par l’État peut réaliser cette opération : poser un kit soi-même invalide l’assurance en cas d’accident et rend le véhicule illégal sur la voie publique. Le garage Rstronic, à Chabanière, propose justement des boîtiers de la marque EFLEXFUEL.

La reprogrammation moteur, elle, n’est pas reconnue par l’État. Selon la Collective du bioéthanol, elle peut « mettre les automobilistes en grandes difficultés en cas de couac technique » : pas de mise à jour officielle de la carte grise, amende possible en cas de contrôle, réparations non couvertes par l’assurance.

Certains installateurs la défendent pourtant. À Sées, dans l’Orne, Grégory Marchand, du garage NMAutomobiles, explique dans les colonnes de L’Orne Hebdo que la cartographie permet de relire le fichier d’origine du calculateur moteur pour le modifier, alors que les boîtiers de conversion embarquent des données préenregistrées, moins personnalisées à chaque véhicule.

Casses moteurs et pistons percés redoutés par certains garagistes

Tous les professionnels ne jouent pas le jeu. Un garagiste interrogé par La République de Seine-et-Marne refuse d’installer des boîtiers malgré une forte demande. « Il faut quand même faire attention à ces boîtiers », prévient-il, évoquant des sondes de carburant absentes ou des reprogrammations mal faites, à l’origine de soucis de combustion et de rapports air-carburant déréglés.

Casses moteurs, pistons percés, bougies à changer plus souvent : ces désagréments touchent surtout les petites cylindrées, selon lui, alors que les grosses s’en accommodent mieux. Sur certains modèles dont les injecteurs et la pompe à essence sont déjà fragiles, la conversion peut les user prématurément si les composants ne sont pas assez surdimensionnés.

Jérôme Loubert, responsable du développement Europe chez Flexfuel, nuance : les dérives tiennent davantage à la fiabilité du véhicule qu’au boîtier lui-même. « Tous les véhicules ne sont pas de bons candidats à l’éthanol. Si votre voiture a 300 000 km, je ne vous conseillerais pas de le faire », explique-t-il, rappelant qu’un véhicule doit fonctionner parfaitement avant toute conversion.

Jean-Philippe Porté reste convaincu de l’intérêt de la démarche, pour qui dispose d’un véhicule compatible. « Si on a la chance d’avoir un véhicule essence et compatible, il faut sauter le pas. C’est la solution la plus économique, et c’est très écologique parce qu’on garde le moteur existant », résume l’installateur vendéen. À la pompe, la différence de prix atteint actuellement 1,50 euro entre l’E85 et les autres carburants.

Laisser un commentaire