Voiture autonome : Musk a-t-il ciblé le régulateur en charge de la sécurité automobile ?

Tesla mise une part essentielle de son avenir sur la réussite de son logiciel Full Self-Driving (FSD) et sur le lancement d’un service de robotaxis à Austin d’ici juin.

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Par une série de licenciements orchestrés via sa cellule surnommée le Department of Government Efficiency (Doge), Elon Musk a ciblé des dizaines d’agents de la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), principalement spécialisés dans l’analyse des risques liés à la conduite autonome. Cette vague de suppressions de postes, révélée par le Financial Times dans son enquête publiée le 10 avril 2025, soulève de vives inquiétudes sur les conflits d’intérêts potentiels, alors même que Tesla ambitionne de révolutionner le transport avec ses cybercabs.

Un coup porté au cœur de la régulation par DOGE

Parmi les quelque 30 employés licenciés en février, un grand nombre provenait du bureau de la sécurité des véhicules automatisés, une division encore récente de la NHTSA. Créée en 2023, cette unité regroupait essentiellement des recrues encore en période probatoire. « C’est un bureau qui devrait être à la pointe de la régulation des véhicules autonomes », a confié un ancien agent au Financial Times, ajoutant : « Il serait ironique que Doge finisse par ralentir Tesla. »

Malgré des affirmations officielles selon lesquelles la performance aurait motivé les licenciements, plusieurs sources internes rejettent cette explication. Une source interne a déploré « des pertes de talents majeures » ayant fortement affecté le moral de l’agence.

Conduite autonomie : une régulation menacée face à des ambitions gigantesques

Tesla mise une part essentielle de son avenir sur la réussite de son logiciel Full Self-Driving (FSD) et sur le lancement d’un service de robotaxis à Austin d’ici juin. Pour ce faire, l’entreprise doit obtenir une dérogation de la NHTSA afin de pouvoir exploiter ses véhicules sans volant ni pédales. Ce feu vert réglementaire dépend directement des divisions désormais affaiblies par les licenciements.

Un responsable de Tesla lui-même a déclaré au Financial Times : « Laisser Doge renvoyer ceux du département autonome est une folie pure – nous devrions au contraire renforcer la NHTSA. Sans cela, Tesla n’a aucune chance de déployer le FSD à grande échelle. »

Tesla a toujours des problèmes avec la conduite autonome

Depuis l’élection de Donald Trump, l’administration a déjà autorisé trois rappels de véhicules Tesla, notamment en février, lorsque 46 000 Cybertrucks ont été inspectés pour cause de panneaux extérieurs mal collés. Cinq des huit enquêtes en cours contre Tesla concernent directement les affirmations de Musk sur les capacités du FSD, en lien avec des milliers de plaintes consommateurs.

Selon une analyse du Financial Times sur plus de 10 000 signalements, Tesla reçoit environ 20 plaintes par mois concernant le FSD. Parmi elles, un conducteur rapportait qu’en octobre 2024, sa Model 3 avait freiné brutalement sous FSD, évitant de justesse une collision arrière. Dans une autre plainte, un propriétaire de Cybertruck affirmait que le logiciel FSD s’était désactivé sans préavis, provoquant une accélération imprévisible ayant presque causé une collision frontale.

La NHTSA, déjà pilonnée par Tesla à coups de critiques publiques, doit à présent faire face à des soupçons croissants d’influence politique. « Il y a un conflit d’intérêts évident à laisser quelqu’un ayant un intérêt commercial peser sur la politique d’une agence qui le régule », a dénoncé un ancien cadre de l’autorité. « Musk a attaqué la FAA et la FCC pour favoriser SpaceX. Pourquoi épargnerait-il la NHTSA ? »

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