« Je pensais juste faire des économies » : rouler au rouge, cette pratique qui séduit les conducteurs, peut coûter bien plus cher que le plein

Un litre à 1,72 euro juste après la frontière belge, des policiers qui traquent un colorant indétectable à l’œil nu, et des automobilistes prêts à tout risquer. Jusqu’où va cette fraude silencieuse ?

Publié le
Lecture : 2 min
« Je pensais juste faire des économies » : rouler au rouge, cette pratique qui séduit les conducteurs, peut coûter bien plus cher que le plein
« Je pensais juste faire des économies » : rouler au rouge, cette pratique qui séduit les conducteurs, peut coûter bien plus cher que le plein © L'Automobiliste

Un automobiliste confie à France Info que sa 205 roule entièrement au rouge. Face à la hausse du prix du diesel, cet habitant a choisi de remplir son réservoir avec du GNR, un carburant professionnel coloré en rouge, normalement réservé aux engins agricoles et de chantier. Une pratique strictement illégale.

Le gazole non routier, surnommé le rouge à cause de sa teinte, bénéficie d’une fiscalité allégée voulue par l’État pour soutenir l’agriculture et le BTP. Impossible en théorie pour un particulier de s’en procurer à la pompe : la vente exige la présentation de justificatifs professionnels. Dans les faits, pourtant, certains automobilistes contournent ces contrôles. Mettre ce carburant dans une voiture de tourisme reste une fraude fiscale, quelle que soit la méthode employée.

Un écart de prix qui pousse au contournement

L’attrait tient d’abord au porte-monnaie. Le GNR se négocie à 1,871 euro le litre selon le site Prix Fioul, contre 2,381 euros pour le gazole classique d’après Roole Média. Un artisan de Lorraine a ainsi raconté à RTL se fournir à 1,94 euro le litre, tandis que Franceinfo a repéré une station-service juste après la frontière franco-belge où le litre descendait à 1,72 euro, une adresse fréquentée par des habitants du Nord.

Pour obtenir ce carburant sans justificatif, certains automobilistes contactent directement des agriculteurs. D’autres franchissent la frontière avec des jerricans, profitant de contrôles belges jugés moins stricts. La technique est parfois rodée : se présenter à la caisse en demandant « 30 ou 40 litres de diesel pour mon tracteur », selon le témoignage d’un fraudeur recueilli dans un reportage.

Côté mécanique, le risque immédiat reste limité. TotalEnergies indique sur son site que le GNR « a des caractéristiques proches de celles du diesel classique, même si sa composition est légèrement différente » : moins de soufre, un indice de cétane plus élevé, des additifs et ce fameux colorant rouge.

Un garagiste interrogé par Le Parisien estime que le danger est moindre sur les vieux véhicules, dont les systèmes d’injection plus simples tolèrent mieux ce carburant que ceux des modèles récents. À long terme, en revanche, rouler au GNR peut endommager le moteur.

La fraude n’a toutefois rien d’indolore. Un contrôle simple expose à une amende de 500 à 1 250 euros, selon le volume de carburant détecté, assortie d’une possible confiscation du véhicule. En cas de fraude grave ou répétée, la sanction peut grimper jusqu’à trois ans d’emprisonnement. Les douanes ont renforcé leurs contrôles depuis la hausse des prix des carburants, selon RMC.

Le colorant écarlate du GNR n’est d’ailleurs pas un détail cosmétique : il a été spécifiquement conçu pour permettre aux policiers et aux douaniers de repérer les contrevenants. Il laisse des traces durables dans le filtre à gazole, si bien qu’une seule utilisation, même suivie d’un retour au carburant classique, peut encore être détectée lors d’un contrôle.

Plutôt que de risquer l’amende ou la panne, les automobilistes qui parcourent de longues distances peuvent se tourner vers les aides aux grands rouleurs mises en place par le gouvernement. L’économie réalisée sur quelques pleins de GNR disparaît vite dans une amende ou une facture de réparation.

Laisser un commentaire