Pourquoi la France reste scotchée au thermique en 2025

En 2023, les voitures électriques représentaient pourtant 17 % des nouvelles immatriculations, selon les données du ministère de la Transition écologique.

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Le 3 avril 2025, une enquête dévoilée par Bip&Go, entreprise spécialisée dans les services de mobilité, a sondé le rapport qu’entretiennent les Français avec leur voiture. Loin d’un simple objet utilitaire, le véhicule personnel continue de cristalliser attachements profonds, habitudes ancrées et résistances tenaces. À l’heure où les appels à la décarbonation des transports se multiplient, la France reste fidèle à son volant.

Une voiture encore centrale dans les habitudes des Français

Le parc automobile français continue de croître lentement mais sûrement. Au 1er janvier 2024, on comptait 39,3 millions de voitures particulières en circulation, selon le Service des données et études statistiques (SDES, publication du 23 septembre 2024). L’âge moyen des véhicules grimpe lui aussi, atteignant 11,2 ans. Autrement dit, le réflexe du changement n’est pas à l’ordre du jour, sauf pour renouveler à l’identique.

L’étude de Bip&Go vient mettre des mots sur cette réalité mécanique : « La voiture reste pour beaucoup de Français un objet émotionnel. En effet, 36 % d’entre eux se remémorent cet achat comme un rêve accompli et 21 % y voient une « preuve de leur passage à la vie adulte » ». Pour 8 % des personnes interrogées, la voiture va jusqu’à devenir un membre de la famille. La formule prête à sourire, mais dit beaucoup sur l’enracinement du véhicule dans les sphères privées et affectives.

Ce lien intime ne masque pourtant pas une évolution du discours. 68 % des répondants déclarent considérer leur voiture comme un outil fonctionnel du quotidien. Et malgré la hausse des prix de l’entretien (préoccupation pour 53 % des sondés) ou du carburant (47 %), la voiture conserve son statut de pivot logistique : 63 % des Français l’utilisent presque tous les jours, principalement pour les loisirs (42 %), le travail (19 %) ou les courses (16 %).

La voiture thermique : toujours indétrônable dans l’univers automobile

Dans un paysage où 95,6 % des véhicules roulent encore à l’essence ou au diesel l’attachement aux motorisations thermiques reste solide. D’après Bip&Go, plus de 8 Français sur 10 possèdent encore un véhicule thermique, malgré la montée en flèche des discours pro-électrique.

Ce décalage entre incitations gouvernementales et comportements individuels est frappant. En 2023, les voitures électriques représentaient pourtant 17 % des nouvelles immatriculations, selon les données du ministère de la Transition écologique. Mais sur le terrain, la transition est molle : « Ils ne sont que 6 % à prévoir d’acheter un véhicule électrique dans les cinq prochaines années », note Bip&Go.

La cause ? Un ensemble d’obstacles bien identifiés par les usagers. Seulement 42 % d’entre eux seraient prêts à modifier leurs habitudes de transport, à condition que les offres alternatives soient crédibles. 27 % réclament un meilleur accès aux transports en commun, 14 % seraient sensibles à une nouvelle flambée des prix du carburant, 13 % attendent des aménagements pour les mobilités douces.

La transition verte ? Une piste encore en travaux pour les Français

Malgré la prolifération des vignettes Crit’Air et les débats sur les zones à faibles émissions (ZFE), 84 % des Français ne prévoient aucun changement dans leur usage de la voiture . Le message est limpide : la transition écologique n’est pas une priorité dans les usages réels.

Les chiffres du SDES confirment ce désengagement relatif. Au 1er janvier 2024, les motorisations électriques ne représentaient que 2,2 % du parc roulant, les hybrides rechargeables 1,5 %. Quant à la vignette Crit’Air, révélatrice de la pollution potentielle d’un véhicule, 29 % des voitures sont encore classées 3 ou plus, donc exclues des ZFE dans les grandes agglomérations.

Seuls 3 % des personnes sondées imaginent un avenir sans voiture. Même l’argument environnemental peine à convaincre : seulement 6 % mentionnent l’empreinte écologique comme une préoccupation prioritaire. Des chiffres qui laissent songeur face à l’urgence climatique. « La voiture est vécue comme une contrainte inévitable par seulement 7 % des répondants, synonyme de stress et de dépenses », note Bip&Go. On est encore loin du rejet massif.

Un attachement qui interroge la politique des mobilités

En creux, ce rapport quasi charnel entre les Français et leur voiture questionne l’efficacité des politiques publiques de mobilité. Pourquoi le changement patine-t-il ? Parce que les incitations n’ont pas encore levé tous les freins : infrastructure de recharge insuffisante, prix d’achat encore dissuasifs pour l’électrique, zones rurales mal desservies, peur de la panne, attachement culturel profond à l’automobile.

Même les aides, telles que la prime à la conversion, ne suffisent pas à inverser la tendance : seulement 9 % des sondés les mentionnent comme levier potentiel. Et 7 % déclarent qu’il faudra des mesures restrictives pour envisager d’abandonner leur voiture.

La situation est donc paradoxale : le besoin de mobilité est réel, les alternatives peinent à convaincre, la transition reste embryonnaire, et la voiture, pourtant pointée du doigt dans tous les plans climat, continue d’être traitée en compagne fidèle, presque intouchable.

Loin des slogans sur la mobilité verte, le quotidien des Français se déroule encore dans l’habitacle d’une voiture thermique, vieille de plus de dix ans, souvent indispensable, parfois adorée.

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