La situation de l’industrie automobile européenne inquiète de plus en plus, et c’est Stellantis qui tire la sonnette d’alarme. Pour Emanuele Cappellano, directeur des opérations Europe chez Stellantis, une « catastrophe » pourrait survenir dès 2028, menaçant un secteur déjà fragile, rapporte Auto Plus. Un spectre d’asphyxie plane sur les constructeurs européens à cause d’un décalage grandissant entre les objectifs réglementaires et les capacités réelles de l’industrie. Plusieurs voix alertent sur la montée des périls si des mesures rapides et adaptées ne sont pas prises.
Les signaux d’alerte
Le diagnostic dressé par Stellantis s’appuie sur plusieurs problèmes structurels repérés par le groupe et ses dirigeants. Le PDG Antonio Filosa et le président John Elkann partagent ce constat d’une industrie au bord du gouffre, renforcé par les contraintes européennes sur les objectifs de CO₂ et les normes d’émissions, jugées inadaptées et peu réalistes. Cela a déjà entraîné une perte notable de production : trois millions de véhicules de moins produits par rapport à la période pré-pandémique, malgré un assouplissement des règles par la Commission européenne.
Les années 2028 ou 2029 sont évoquées par Emanuele Cappellano comme échéances possibles pour un effondrement du secteur, avec un délai court de « deux à trois ans, pas plus » avant une crise majeure. En vue de 2035, année fixée pour l’interdiction des moteurs thermiques, l’industrie doit engager une transition vers la mobilité électrique bien plus rapide que sa capacité actuelle de transformation. Selon Stellantis, les normes strictes imposées par les instances européennes exercent une pression excessive sur une industrie qui peine à suivre le rythme des innovations technologiques.
La concurrence étrangère et les règles européennes qui pèsent
La pression concurrentielle accrue venue d’Asie, et en particulier de la Chine, complique encore la donne. Les industries asiatiques, avec Pékin en tête, ont pris une avance significative sur des composants clés comme les batteries et les semi-conducteurs, éléments stratégiques de la mobilité électrique. Cette avance met sérieusement à mal la compétitivité des constructeurs européens, qualifiée par certains de « déséquilibre patent ».
Dans ce cadre, Bruxelles, qui avait opéré des ajustements en fin 2025, pensait avoir apporté un répit. Mais l’ouverture partielle des vannes fin d’année dernière n’a servi qu’à « ouvrir une brèche » dans le cadre réglementaire, sans résoudre le problème de fond. Les constructeurs, y compris Stellantis, voient la perspective d’une dégradation progressive du secteur, qui pourrait voir les normes s’effriter les unes après les autres si la tendance se poursuit.
Ce que Stellantis propose et ce qu’il demande
Face à ces défis, Stellantis s’engage à renforcer sa production locale en Europe, à privilégier l’approche client et à améliorer sa durabilité. Toutefois, ces efforts risquent d’être insuffisants sans une réduction de l’écart technologique et industriel avec la Chine. Le groupe appelle donc à des interventions immédiates et à une plus grande flexibilité dans les régulations pour éviter ce qui est décrit comme une catastrophe imminente. Emanuele Cappellano insiste sur la nécessité d’actions concertées : « Sans interventions immédiates, nous allons vers une crise profonde ».






