À la date du 28 mai 2025, Stellantis a officiellement annoncé la nomination d’Antonio Filosa comme futur directeur général du groupe automobile, avec prise de fonction effective le 23 juin 2025. Cette décision, qui fait suite à un processus de sélection mené par un comité spécial du conseil d’administration, marque un tournant dans la gouvernance de l’un des plus grands groupes automobiles mondiaux.
Un pur produit de l’industrie Fiat-Chrysler
Né à Naples en 1972, Antonio Filosa incarne un profil de dirigeant forgé au cœur de la mécanique industrielle. Entré dans le groupe Fiat en 1999, il a gravi méthodiquement les échelons : directeur de l’usine de Betim (Brésil), directeur achats pour l’Amérique latine, puis patron de la filiale argentine en 2016. En 2018, il devient Chief Operating Officer (COO) pour la région Amérique latine de Fiat Chrysler Automobiles, avant de prendre les rênes de Stellantis pour l’Amérique du Sud en 2021. Il est ensuite nommé CEO de Jeep® en 2023, puis promu COO pour l’ensemble du continent américain à la fin de l’année 2024.
Ce parcours quasi linéaire à l’intérieur du même périmètre industriel témoigne d’une expertise pointue des dynamiques régionales — notamment en Amérique latine — et d’une fidélité sans faille à l’entité fusionnée qu’est Stellantis.
Une vision stratégique validée par les marques
Sous sa direction, FIAT est devenu le leader du marché sud-américain, tandis que Peugeot, Citroën, Ram et Jeep® y ont vu leurs ventes croître de manière significative. En parallèle, il a piloté la création de l’usine de Pernambuco au Brésil, devenue un hub industriel majeur pour Jeep, dont il a fait le premier marché hors États-Unis.
Son passage à la tête de Jeep® a également laissé une empreinte européenne : le modèle Jeep Avenger, qu’il a contribué à positionner sur le Vieux Continent, reste un best-seller pour le groupe.
Réduction des stocks et dialogue social : un manager opérationnel
Lorsqu’il devient COO pour l’Amérique du Nord, en décembre 2024, le contexte est tendu. La filiale américaine souffre d’un excès de stocks, d’une hiérarchie fragmentée et de tensions sociales croissantes. Antonio Filosa engage alors un resserrement des flux logistiques, une réorganisation des équipes dirigeantes et un dialogue renforcé avec les syndicats et distributeurs. Une méthode de terrain, qui contraste avec les approches plus distantes de certains de ses prédécesseurs.
Une succession voulue comme naturelle
L’annonce de sa nomination a été unanimement saluée par les figures du conseil d’administration. Robert Peugeot, vice-président du groupe, a déclaré : « Sa profonde connaissance de notre entreprise et des dynamiques complexes de notre industrie fait de lui le choix naturel pour diriger Stellantis. ».
Même son de cloche chez Nicolas Dufourcq, patron de Bpifrance, qui y voit « un nouveau chapitre important pour Stellantis à un moment charnière de transformation industrielle mondiale ».
Quelles perspectives pour Stellantis sous Filosa ?
Si le nouveau PDG est perçu comme un homme du sérail, son profil techno-industriel et international pourrait augurer d’une accentuation des logiques de performance régionales. Son implantation à Détroit souligne un recentrage stratégique vers les États-Unis, là où les marges sont les plus fortes, mais où la compétition sur l’électrification et l’intelligence embarquée est la plus rude.
Reste à voir comment Antonio Filosa conciliera les attentes des actionnaires et celles des salariés européens. Car derrière l’image d’un manager « connecté au terrain », le défi sera de garder l’Europe dans le moteur stratégique de Stellantis, au moment même où la direction dérive clairement vers l’Ouest.






