Carburants : jusqu’où la France peut-elle tenir ?

Pourquoi certaines stations manquent-elles de carburants ? État des stocks français, tensions sur le gazole et risque réel de pénurie.

Publié le
Lecture : 3 min
Pourquoi certaines stations manquent-elles de carburants ? État des stocks français, tensions sur le gazole et risque réel de pénurie. ChatGPT
Pourquoi certaines stations manquent-elles de carburants ? État des stocks français, tensions sur le gazole et risque réel de pénurie. ChatGPT | L'Automobiliste

Des automobilistes peinent à faire le plein alors que le gouvernement assure que la France dispose de réserves. Les deux constats peuvent être vrais. Au 22 septembre 2026, les ruptures touchent une partie des stations, tandis que la principale menace pour l’ensemble du pays reste la durée des perturbations internationales.

Le gazole se renchérit sur un marché mondial tendu

Le risque le plus immédiat pour les ménages est celui d’une facture plus lourde. Dans son Oil Market Report de septembre, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) chiffre à 507 millions de barils la baisse des stocks pétroliers mondiaux observés depuis février. Elle constate surtout une tension sur les produits déjà raffinés. En août, les exportations nettes de gazole du Golfe et de la Russie étaient inférieures de 1,6 million de barils par jour à leur niveau de février. Le pétrole brut encore disponible ne suffit donc pas, à lui seul, à détendre le marché du diesel. Les flux maritimes perturbés au Moyen-Orient compliquent les livraisons, tandis que les raffineries doivent répondre à la demande de plusieurs carburants. Dans une autre analyse publiée le 17 septembre, l’AIE estime que la production russe d’essence a reculé d’environ 20% par rapport à 2025 et celle de diesel de près de 30%. Moscou a restreint ses exportations pour préserver son marché intérieur. Ces chiffres décrivent une pression internationale sur les prix ; ils ne mesurent pas les quantités disponibles dans les stations françaises.

En France, cette tension se voit déjà sur les tickets de caisse. Le 20 septembre, le gazole coûtait environ 2,41 euros le litre en moyenne, selon les données publiques analysées par l’AFP. Un plein de 50 litres revenait ainsi à environ 120,50 euros. Pour les personnes qui prennent leur voiture chaque jour, quelques centimes de plus par litre finissent par peser sur le budget mensuel. Les professionnels dont l’activité dépend des déplacements subissent la même hausse dans leurs coûts. Le 22 septembre, le gouvernement a annoncé l’élargissement de l’indemnité carburant destinée aux travailleurs concernés : elle doit toucher 5,5 millions de personnes, contre 3 millions auparavant, pour un montant forfaitaire de 100 euros sur trois mois. Il a également prolongé ou renforcé les soutiens à plusieurs secteurs, dont l’agriculture, le BTP et la pêche. Le coût supplémentaire annoncé pour cet ensemble de mesures est de 450 millions d’euros. Ces aides répondent à la hausse des dépenses ; elles ne constituent pas, en elles-mêmes, une garantie d’approvisionnement.

Des ruptures locales qui ne signifient pas une panne sèche nationale

Les chiffres des stations demandent une lecture précise. D’après le suivi publié par le gouvernement, 17% des stations présentaient une difficulté d’approvisionnement le 20 septembre, puis 14% le 22 septembre à 9 heures. Ce dernier taux signifie que 86% des stations recensées ne signalaient aucune difficulté selon la méthode retenue. Une station est comptée parmi celles en rupture si elle ne propose plus de gazole, ou si toutes les essences qu’elle distribue sont indisponibles. Elle peut donc encore vendre un autre type de carburant. À l’inverse, une station qui n’a plus de SP98 mais propose toujours du SP95 n’entre pas dans cette catégorie. Les données proviennent des déclarations des exploitants et donnent une photographie à un instant donné : elles évoluent avec les livraisons et les achats. Le 21 septembre, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, indiquait que 91% des stations alors concernées appartenaient au réseau TotalEnergies. Il attribuait cette concentration à l’afflux de clients attirés par les prix plafonnés de l’enseigne.

La France dispose aussi de stocks pétroliers stratégiques. Les règles applicables lui imposent de conserver des réserves correspondant notamment à au moins 90 jours d’importations nettes. Leur rôle est d’amortir une crise d’approvisionnement, y compris lorsqu’elle touche une zone du territoire. Cela ne veut pas dire que chaque station possède trois mois de carburants dans ses cuves : les réserves doivent être mises en circulation, acheminées et, selon leur nature, transformées avant d’arriver à la pompe. Le 22 septembre, Roland Lescure jugeait l’approvisionnement assuré pour les deux mois à venir, tout en appelant à suivre l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Les données disponibles ne montrent donc pas de pénurie nationale imminente. Elles montrent des manques locaux et un marché du gazole sous forte pression. Si les perturbations maritimes et les difficultés des raffineries persistent, les prix pourraient rester élevés et les chaînes de livraison devenir plus difficiles à équilibrer. C’est cette évolution, plutôt que le seul nombre de pompes temporairement vides, qui permettra d’apprécier le risque pour les prochaines semaines.

Laisser un commentaire