L’Assemblée nationale a adopté, le 19 août 2026, une résolution appelant à « abandonner le conditionnement du renouvellement du permis de conduire à une visite médicale obligatoire ». Le texte invite le gouvernement à s’y opposer et à privilégier une solution d’autoévaluation pour les automobilistes amenés à renouveler leur titre, rapporte Ouest France.
Les signataires redoutent une entrave à l’autonomie et à la liberté des seniors, en particulier dans les zones rurales où la voiture reste le principal outil de mobilité faute d’offre suffisante de transports en commun. Ils dénoncent aussi un surcoût administratif élevé pour un système qui, selon eux, s’autorégule déjà.
Une résolution n’a toutefois aucune valeur contraignante, contrairement à une loi. Le Sénat la définit comme l’expression d’un souhait ou d’une préoccupation. Le gouvernement reste donc libre de la position qu’il adoptera face à cette question.
La proposition Valletoux, renvoyée en commission des lois
Ce débat trouve sa source dans un texte déposé le 18 mars 2025 par le député Frédéric Valletoux, la proposition de loi n° 1147, qui vise à « mettre en place une visite médicale de contrôle à la conduite pour les conducteurs de véhicule terrestre à moteur ».
Elle rendrait obligatoire un examen médical pour l’obtention ou le renouvellement du permis, désormais valable 15 ans, puis tous les cinq ans à partir de 70 ans, selon l’article 1 du texte.
Les critères d’évaluation seraient fixés par décret. Si un médecin généraliste ne peut les vérifier, le patient serait orienté vers un médecin agréé, habilité à refuser la délivrance ou le renouvellement du permis. Le conducteur disposerait alors d’un recours devant une commission médicale d’appel.
Dans l’exposé des motifs, Valletoux justifie sa démarche : « l’état de santé des conducteurs joue un rôle déterminant dans leur aptitude à conduire en toute sécurité, et ce, à tout âge. Des troubles tels que des déficiences visuelles, auditives, cognitives, ou des maladies chroniques peuvent en effet altérer les capacités nécessaires à une conduite sûre et justifient la mise en place de mesures de prévention. »
Le texte est, au 11 octobre 2026, renvoyé en commission des lois. Sollicité par Le Maine Libre, Frédéric Valletoux n’avait pas communiqué de calendrier. Le chemin reste long : après l’examen en commission, chaque proposition doit encore passer en séance publique, puis être votée par les deux chambres.
Bruxelles a voté sa propre réforme en 2025
Le 21 octobre 2025, le Parlement européen a voté en faveur d’une révision des règles relatives au permis de conduire. Une visite médicale deviendrait obligatoire avant la délivrance et pour le renouvellement du permis, incluant des examens ophtalmologiques et cardiovasculaires, selon le site service-public. Les personnes de plus de 65 ans pourraient devoir s’y soumettre plus fréquemment, ou suivre des cours de remise à niveau.
Les États membres ont jusqu’au 26 novembre 2028 pour transposer cette directive, avant une application prévue à partir du 26 novembre 2029. Ils pourront toutefois lui substituer un formulaire d’autoévaluation ou un autre dispositif national. Dans un avis rendu en août 2026, le Conseil national de la sécurité routière évoque un « autoquestionnaire en tant qu’alternative au contrôle médical systématique ».
- En Italie, la visite médicale est obligatoire à partir de 80 ans, tous les deux ans.
- L’Espagne impose, elle, un test psychotechnique dès 65 ans, tous les cinq ans.
- En France, le permis reste, à ce jour, valable à vie, sauf retrait pour raisons médicales.
Les partisans d’un contrôle renforcé s’appuient sur l’accidentalité. Les conducteurs de plus de 75 ans ont 2,5 fois plus de risques d’être impliqués dans un accident mortel, et 60 % des accidents surviennent dans des situations routières complexes : ronds-points, intersections ou dépassements. Avec l’âge, réflexes, vue, audition et concentration peuvent décliner.
Les scénarios actuellement évoqués mentionnent un coût de 50 à 80 euros pour la visite médicale et de 100 à 150 euros pour un éventuel test de conduite pratique, avec un renouvellement tous les cinq ans entre 70 et 75 ans, puis tous les deux ans au-delà.
En cas d’échec, un stage de remise à niveau ou une restriction d’usage, horaires diurnes, trajets locaux, seraient privilégiés avant d’envisager un retrait, réservé aux cas d’inaptitude médicale sévère.
Chez les conducteurs concernés, les avis divergent. Robert, 74 ans, conduit depuis 50 ans sans accident : « Ce test me semble injuste », confie-t-il. Suzanne, 69 ans, voit les choses autrement : « C’est une bonne chose si cela permet d’éviter des drames sur la route. »




