Le permis de conduire n’a jamais été aussi demandé en France. Alors que la réforme abaissant l’âge du passage à 17 ans multiplie les inscriptions, les chiffres montrent une croissance structurelle du nombre de candidats depuis 2019. Pourtant, le système peine à suivre, menaçant l’équilibre d’un dispositif essentiel à la mobilité et à l’insertion professionnelle.
Hausse du nombre de candidats au permis de conduire:une tendance lourde depuis 2019
L’année 2019 avait déjà annoncé la couleur : 1,42 million de candidats s’étaient présentés à l’épreuve pratique du permis de conduire, toutes catégories confondues. Cette demande importante a connu une nouvelle poussée dès 2021, en pleine crise sanitaire. Ce sont alors 1,55 million de candidats qui se sont affrontés aux épreuves, soit une hausse de près de 9 % en deux ans. Un rattrapage logique après une « année blanche » pour de nombreux jeunes.
L’année 2023 marque une légère baisse apparente : 1,37 million de nouveaux candidats sont enregistrés, dont 1,13 million pour le groupe léger (permis B notamment). Mais cette baisse relative ne traduit pas un recul de l’intérêt pour le permis. Elle s’explique avant tout par les limites structurelles du système : manque d’inspecteurs, délais allongés, capacité d’accueil réduite dans certains centres d’examen. La demande reste forte, mais l’offre ne suit plus.
Vers une saturation du système d’examen ?
Avec la réforme entrée en vigueur début 2024 autorisant les jeunes de 17 ans à passer leur permis, la situation s’est brutalement tendue. En une seule année, environ 300 000 candidats supplémentaires sont venus grossir les rangs. Pourtant, le nombre de places d’examen produites a diminué : 1,567 million en 2024, bien en deçà des besoins.
Selon les estimations des professionnels du secteur qui alertent en ce début de mois de juillet 2025, il faudrait au moins 2,19 millions de places en 2025 pour absorber cette nouvelle vague. Soit une hausse de plus de 20 % par rapport à l’offre actuelle. En parallèle, le délai moyen entre deux présentations atteint désormais 78 jours, alors que le Code de la route impose un maximum légal de 45 jours (article L.225-5).
Le permis de conduire va-t-il encore plus un casse-tête pour les candidats ?
Le taux de réussite au premier passage avoisine 60 % (et 75 % pour la conduite accompagnée). Cela signifie qu’un candidat sur deux ou presque doit se représenter à l’examen — doublant de fait la pression sur les créneaux. Or, les effectifs d’inspecteurs stagnent, et les recrutements ne suffisent plus à compenser la montée en puissance de la demande.
L’alerte lancée en juillet 2025 par les organisations professionnelles MOBILIANS, UNIDEC et UNIC met en lumière une situation critique. Avec 12 700 auto-écoles actives sur le territoire, c’est tout un pan de la formation à la conduite qui se retrouve aujourd’hui menacé d’embolie. Le secteur demande à rencontrer François-Noël Buffet, Ministre auprès du ministre d’État, ministre de l’Intérieur pour présenter à nouveau leurs solutions comme « renforcer les effectifs d’inspecteurs ou élargir le recours aux examinateurs contractuels, augmenter le nombre d’examens pratique B par inspecteur dans tous les départements à 11 jours minimum par mois au lieu des 6 journées d’examens B maximum actuellement en place dans les départements en souffrance ».
L’enjeu est majeur : sans augmentation rapide du nombre de places d’examen, la saturation du système est inévitable. Et ça peut être bien plus qu’un simple problème de temps. Car au-delà des statistiques, l’équation est sociale : sans permis, des milliers de jeunes voient s’éloigner la promesse d’un emploi, d’une autonomie, d’un avenir mobile.






