Pollution : l’abrasion des pneus, nouveau danger pour l’environnement

L’industrie automobile se retrouve confrontée à un défi inattendu : la pollution engendrée par l’usure des pneus. Une étude d’Agir pour l’Environnement révèle la présence de milliers de molécules, dont plusieurs toxiques, dans les gommes commercialisées par les grands fabricants.

Publié le
Lecture : 2 min
Industrie : le PDG de Michelin critique les taxes accablantes en France
Pollution : l’abrasion des pneus, nouveau danger pour l’environnement © L'Automobiliste

Le 3 novembre 2025, l’association Agir pour l’Environnement a publié une étude qui secoue le monde de l’automobile. En s’attaquant à la pollution issue des pneus, et non plus aux gaz d’échappement, l’ONG cible un maillon industriel souvent oublié : celui des manufacturiers. Derrière les logos de Michelin, Bridgestone, Continental ou Pirelli, c’est toute la filière du pneu qui se voit sommée de répondre à une question cruciale : comment concilier performance, sécurité et réduction de l’impact environnemental ?

L’industrie du pneu ciblée pour la pollution de ses produits

L’étude publiée par Agir pour l’Environnement est sans équivoque. Après analyse de pneus issus de six grands fabricants, l’association a identifié 1 954 molécules chimiques dans la composition des gommes. Parmi elles, 785 présentent des risques élevés pour la santé et l’environnement. « Nous avons notamment découvert 111 substances fortement toxiques pour les milieux aquatiques, 85 potentiellement mortelles en cas d’ingestion et 112 molécules cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques », a détaillé Stéphen Kerckhove, délégué général de l’association.

Ces résultats exposent la dépendance de l’industrie à des additifs complexes : huiles, résines, métaux, antioxydants ou plastifiants. Or, ces composants – nécessaires à la performance et à la durabilité – deviennent désormais des cibles réglementaires. En France, selon TF1 Info, près de 50 000 tonnes de particules issues de l’abrasion des pneus de voiture sont rejetées chaque année dans l’air, les sols et les eaux.

La réponse des constructeurs : innovation et contrainte réglementaire

Sous pression, les grands manufacturiers réagissent. Michelin, par la voix de son service recherche et développement, indique avoir réduit de 5 % les émissions d’usure de ses pneus entre 2015 et 2020. L’entreprise a également annoncé plusieurs programmes de recherche pour mieux comprendre et mesurer les particules libérées par l’abrasion.

D’autres acteurs explorent des voies similaires :

  • Continental mise sur des mélanges de caoutchoucs à base de pissenlit industriel ;
  • Goodyear teste des polymères issus de biomasse ;
  • Bridgestone investit dans la traçabilité chimique et le recyclage circulaire.

Mais les contraintes se multiplient. Le futur règlement Euro 7, en cours de finalisation, prévoit d’intégrer pour la première fois des seuils d’émissions de particules liées à l’usure des pneus et des freins. Pour les industriels, cette évolution représente une révolution comparable à celle des catalyseurs à la fin des années 1990.

Le défi est double : limiter la pollution sans compromettre les performances mécaniques et la sécurité des véhicules, notamment dans un contexte où le poids moyen des automobiles augmente de 15 % à 20 % avec l’électrification du parc.

Le modèle industriel sous tension : transparence, coûts et réputation

Pour l’industrie du pneu, le choc est aussi symbolique. « Les citoyennes et citoyens ont le droit de connaître la composition exacte des produits qu’ils achètent et avec lesquels… ils s’empoisonnent », dénonce Oliver Charles, porte-parole d’Agir pour l’Environnement. Cette revendication de transparence remet en cause un principe fondateur du secteur : le secret industriel. Les formules chimiques, jalousement gardées depuis des décennies, sont aujourd’hui perçues comme des zones d’ombre.

Or, lever ce secret pourrait bouleverser la compétition technologique. Les industriels redoutent qu’un étiquetage détaillé des composants, exigé par Bruxelles, fragilise leurs brevets et alourdisse leurs coûts de production.

Laisser un commentaire