Voilà un chiffre qui résume à lui seul l’impasse dans laquelle se trouvent des millions de ménages français : 56 % des automobilistes interrogés par Leocare en septembre 2026 déclarent qu’ils n’auraient plus les moyens de racheter leur voiture actuelle. Autrement dit, plus d’un Français sur deux roule dans un véhicule qu’il serait incapable de remplacer aujourd’hui. Seuls 15 % pourraient le faire sans difficulté, 29 % en faisant des sacrifices ailleurs. Pour 22 %, la question ne se pose même plus : ils n’auraient tout simplement plus les moyens de s’offrir une voiture, quelle qu’elle soit.
Le paradoxe est saisissant. La voiture reste indispensable au quotidien pour 53 % des Français, et 30 % supplémentaires s’en passeraient au prix de grandes complications. Seuls 11 % envisagent de vivre sans elle sans difficulté. Mais ce bien jugé nécessaire devient inaccessible, y compris pour ceux qui en possèdent déjà une. On ne parle plus ici d’un désir de consommation, mais d’un piège économique : garder sa voiture non par luxe, mais parce qu’on ne sait pas comment la remplacer.
Quand la voiture absorbe plus de deux mois de budget par an
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut regarder ce que coûte réellement un véhicule. Carburant, assurance, réparations : pour 28 % des Français, la voiture engloutit plus de 20 % du budget mensuel. Pour 9 %, elle dépasse même 30 %. En clair, pour plus d’un Français sur quatre, la voiture représente l’équivalent de plus de deux mois de budget chaque année. Pour près d’un sur dix, plus de trois mois et demi.
Autre signal inquiétant : 15 % des Français sont incapables d’estimer ce que leur coûte leur voiture. Une dépense aussi lourde, et pourtant pour beaucoup impossible à chiffrer. Le flou budgétaire s’installe, signe que la voiture n’est plus un poste de dépenses maîtrisé, mais une variable subie.
Face aux imprévus, les difficultés s’accentuent. Près d’un tiers des conducteurs (31 %) déclarent avoir déjà emprunté de l’argent, auprès d’une banque, d’un proche ou via un crédit à la consommation, pour faire face à une réparation. Pour 10 %, ce recours à l’emprunt s’est répété plusieurs fois. Emprunter pour réparer sa voiture tend à se banaliser, ce qui en dit long sur la fragilité des équilibres financiers.
Rogner sur l’alimentation pour faire rouler sa voiture
Pour continuer de financer leur véhicule, près de huit Français sur dix ont déjà coupé dans d’autres postes. Les sorties, restaurants et loisirs sont sacrifiés par 47 % des répondants. Les vacances et voyages par 37 %. Les vêtements par 30 %. Mais le plus préoccupant, c’est que 28 % puisent dans leur épargne et 13 % réduisent leur alimentation pour faire rouler leur voiture. Le poste automobile ne se contente plus de peser sur le budget : il déplace les arbitrages vers le quotidien le plus élémentaire. Seuls 23 % déclarent n’avoir rien eu à réduire.
L’arbitrage concerne également la sécurité du véhicule. Voyant allumé, bruit suspect : les réparations sont repoussées pour ménager le budget. Près d’un Français sur deux (48 %) a déjà continué à rouler avec un problème mécanique identifié plutôt que de payer immédiatement la réparation. Pour 24 %, ce n’est pas arrivé une fois, mais plusieurs. On roule avec un risque connu, faute de pouvoir faire autrement. La sécurité devient une variable d’ajustement budgétaire.
37 % des Français envisagent de se séparer de leur voiture
Et lorsque rogner sur les dépenses du quotidien ou repousser les réparations ne suffisent plus, une option radicale émerge : se séparer de sa voiture. Plus d’un Français sur trois (37 %) envisage de le faire au cours de l’année à venir. Non pas par choix, mais sous la contrainte d’un budget arrivé à saturation. Pour 10 %, la réflexion est très sérieuse. Pour 27 %, c’est une possibilité envisagée. Seuls 47 % s’y refusent quoi qu’il arrive, et 16 % ne savent pas.
Reste que se séparer de sa voiture dans un territoire où elle demeure indispensable, c’est souvent se couper de l’emploi, des services, de la vie sociale. Le problème, c’est que les alternatives (transports en commun, covoiturage, vélo) ne sont pas toujours disponibles, notamment en zone rurale ou périurbaine. La dépendance à la voiture ne recule pas, mais les moyens de l’assumer s’effritent.
L’assurance auto, un poste sous tension
Parmi les dépenses automobiles, l’assurance occupe une place à part : elle est obligatoire, donc incompressible. Or 63 % des Français constatent une hausse du prix de leur assurance auto sur les douze derniers mois, dont 15 % une forte augmentation. Seuls 3 % ont vu ce prix baisser.
Pourquoi ces hausses ? D’abord, le coût des sinistres s’envole. Selon SRA (Sécurité et Réparation Automobiles), le coût moyen d’une réparation après collision a progressé de près de 30 % entre 2021 et 2025, porté par des pièces de rechange toujours plus chères et des véhicules bardés d’électronique. S’y ajoute le climat, avec une surprime catastrophes naturelles passée de 6 % à 9 % sur les contrats auto au 1er janvier 2025. Mutualisation oblige, ces surcoûts se répercutent sur tous les assurés, y compris ceux qui n’ont déclaré aucun sinistre.
Face à ces hausses, la patience des assurés s’épuise. Près d’un Français sur deux (47 %) envisagerait sérieusement de changer d’assureur pour une hausse annuelle de 10 % ou moins, dont 9 % dès la moindre augmentation. Au total, 83 % changeraient au-delà d’un certain seuil. Seuls 17 % resteraient fidèles quoi qu’il arrive, alors que la loi Hamon permet de résilier son contrat auto à tout moment après la première année.

