Le basculement du marché automobile européen s’accélère nettement en ce début d’année 2026. Derrière une évolution globale encore modérée des volumes, la structure des ventes connaît une transformation rapide. Sur les deux premiers mois de l’année, les immatriculations dans l’Union européenne reculent de 1,2% à 1,66 million d’unités, selon les données de l’ACEA publiées le 24 mars 2026, mais cette stabilité apparente masque un décrochage brutal des motorisations thermiques, en particulier de l’essence, qui chute de 23,3%.
Une chute historique de l’essence en Europe
Avec 374 774 voitures essence immatriculées entre janvier et février 2026, le recul est à la fois massif et généralisé. En un an, la part de marché de cette motorisation passe de 29% à 22,5%, soit une perte de 6,5 points en seulement douze mois.
La baisse touche l’ensemble des grands marchés européens, confirmant une tendance structurelle. La France enregistre la contraction la plus spectaculaire avec -48,5%, suivie de l’Allemagne (-22,8%), de l’Espagne (-20,8%) et de l’Italie (-18,6%). Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique enclenchée dès 2025, année au cours de laquelle l’essence avait déjà reculé de 18,7% à l’échelle européenne, tombant à 26,6% de part de marché.
Le diesel poursuit parallèlement sa disparition progressive. Sur la même période, ses immatriculations reculent de 17,7% pour tomber à 134 822 unités, soit seulement 8,1% du marché. Essence et diesel combinés ne représentent plus que 30,6% des ventes, contre 38,7% un an plus tôt.
Un marché globalement stable, mais profondément recomposé
En volume, le marché européen reste relativement stable. En février 2026, les immatriculations progressent même de 1,4% à 865 437 unités dans l’UE, et de 1,7% à près de 980 000 unités en incluant le Royaume-Uni et l’AELE.
Mais cette stabilité masque une recomposition rapide du mix énergétique. Les motorisations électrifiées – hybrides, hybrides rechargeables et électriques – représentent désormais environ 67% des ventes totales, contre 58,5% un an plus tôt.
L’électrification tire toute la croissance
Dans le détail, la progression des différentes technologies électrifiées est particulièrement marquée. Les voitures 100% électriques totalisent 312 369 immatriculations sur deux mois, en hausse de 22,3%, pour atteindre 18,8% de part de marché. Les hybrides rechargeables affichent une croissance encore plus rapide, avec +30,6% et 162 751 unités, portant leur part à 9,8%. Les hybrides non rechargeables confirment leur statut de motorisation dominante, avec 643 898 unités (+8,3%) et 38,7% du marché.
Au total, ces trois technologies concentrent l’intégralité de la croissance du marché. En février 2026 seul, les immatriculations progressent de 20,6% pour les électriques, 32,1% pour les hybrides rechargeables et 10,1% pour les hybrides classiques.
Une transition encore très dépendante des marchés nationaux
Si la tendance globale est claire, les dynamiques restent contrastées selon les pays. Sur le segment électrique, les deux principaux marchés européens tirent la croissance avec +38,5% en France et +26,3% en Allemagne. À l’inverse, les Pays-Bas (-34,9%) et la Belgique (-11%) enregistrent des reculs significatifs.
Les hybrides rechargeables connaissent également des progressions spectaculaires dans certains pays, notamment en Italie (+116,1%) et en Espagne (+71,5%), confirmant l’effet des politiques fiscales et des incitations locales.
Une rupture structurelle du marché automobile européen
Au-delà des fluctuations conjoncturelles, les chiffres du début d’année 2026 confirment une rupture de fond. En l’espace de quelques années, le marché européen est passé d’une domination quasi exclusive du thermique à un paysage où celui-ci devient minoritaire. En janvier 2026 déjà, essence et diesel combinés ne représentaient plus que 30,1% des ventes, contre près de 40% un an plus tôt.
La chute actuelle de l’essence accélère encore cette bascule. Elle traduit à la fois l’effet des normes environnementales, la stratégie des constructeurs qui réduisent leurs offres thermiques, et l’évolution de la demande vers des solutions électrifiées. Dans ce contexte, le marché européen entre dans une nouvelle phase. Le thermique n’est plus le socle du marché, mais une motorisation résiduelle en déclin rapide.

