Mauvaise nouvelle pour les automobilistes : la réforme du permis de conduire pourrait doubler la facture, et personne ne l’a vu venir

Visite médicale obligatoire ou simple clic sur l’honneur : l’État tranchera avant 2028, avec jusqu’à 500 euros de différence pour les seniors sur 25 ans. Quel modèle la France va-t-elle choisir ?

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Mauvaise nouvelle pour les automobilistes : la réforme du permis de conduire pourrait doubler la facture, et personne ne l'a vu venir
Mauvaise nouvelle pour les automobilistes : la réforme du permis de conduire pourrait doubler la facture, et personne ne l’a vu venir © L'Automobiliste

Le Parlement européen a adopté le 21 octobre 2025 la directive 2025/2205, par 339 voix contre 240. Le texte met fin au permis de conduire valable à vie : la France doit désormais organiser un renouvellement du titre tous les 15 ans, au plus tard en octobre 2028.

Reste à savoir comment. Le gouvernement doit trancher entre deux options avant l’échéance : un examen médical obligatoire pour tous les conducteurs, ou un simple auto-questionnaire en ligne rempli sur l’honneur. Depuis la publication officielle du texte, le 19 octobre 2026, la France dispose de deux ans pour arbitrer entre efficacité économique et exigences de sécurité routière.

L’enjeu touche directement 38 millions de titulaires du permis B, et porte sur des centaines de millions d’euros d’investissement public et privé.

Examen médical ou questionnaire en ligne : un écart de coût

Le Conseil national de la sécurité routière (CNSR) penche pour l’auto-questionnaire numérique. L’argument est financier autant que pratique : une visite médicale coûte actuellement entre 50 et 80 euros selon les départements, contre moins de 10 euros pour une déclaration en ligne.

Rapporté à l’échelle nationale, avec 2,5 millions de renouvellements attendus chaque année pour les 38 millions de détenteurs du permis B, la différence devient considérable. Un examen médical généralisé à 60 euros la visite coûterait 150 millions d’euros par an au pays, contre 25 millions d’euros pour l’auto-déclaration numérique.

Actuellement, seules 900 000 visites médicales annuelles sont réalisées, réservées aux chauffeurs professionnels de bus ou de poids lourds. Généraliser l’examen physique à tous les conducteurs multiplierait ce volume par cinq à sept, selon les projections.

Le Dr Dominique Richter, président du Syndicat des médecins agréés, relève que 80 % des cas examinés ne présentent aucun problème. Mais le président du CNSR, Yves Goasdoué, met en garde sur les limites de la déclaration sur l’honneur : « La signature sur l’honneur implique des conséquences en cas de mensonge, les usagers pourraient se voir pénalisés par leur assurance. », cite Economie Matin.

Jusqu’à 500 euros en plus pour les seniors sur 25 ans

Pour tous les titulaires, le simple renouvellement administratif du titre, sa fabrication sécurisée, coûtera entre 25 et 35 euros, un tarif proche de celui de la carte d’identité. Les permis délivrés après 2028 porteront directement une validité de 15 ans.

La directive autorise toutefois les États à durcir les règles après 65 ans, avec des contrôles médicaux tous les cinq ans. Si la France retient cette option, 13 millions de seniors devraient débourser entre 60 et 100 euros tous les cinq ans, soit un budget individuel de 300 à 500 euros sur 25 ans.

Pour les 38 millions de titulaires actuels, le dispositif transitoire reste à construire ; une bascule progressive sur trois à cinq ans est envisagée pour éviter l’engorgement des services administratifs.

Le débat sur les seniors s’appuie aussi sur les statistiques d’accidents. Selon l’Observatoire national de la sécurité routière, les conducteurs de 75 ans et plus représentent 11 % des responsables présumés d’accidents mortels, pour 11 % de la population. Les 18-24 ans pèsent, eux, 19 % des responsables présumés pour seulement 8 % de la population.

Le député de Seine-et-Marne et ancien ministre de la Santé Frédéric Valletoux a estimé que « l’accident causé par une conductrice potentiellement inapte rappelle l’importance de ce sujet ».

Cinq pays sur vingt-deux ont déjà transposé la réforme : l’Italie, le Danemark, les Pays-Bas, la Finlande et le Portugal. Leurs choix dessinent des pistes pour Paris.

Les Pays-Bas ont opté pour un modèle hybride, avec un renouvellement automatique à 75 ans suivi d’un contrôle médical léger tous les cinq ans. Le Danemark a fait le choix de la simplicité : un renouvellement à 35 euros, sans examen obligatoire avant 70 ans.

L’Italie, à l’inverse, impose une visite médicale tous les dix ans dès 50 ans, un dispositif qui a créé un marché de 200 millions d’euros par an pour les centres médicaux agréés du pays.

La directive prévoit également l’intégration du permis dans le portefeuille d’identité numérique européen, avec un code QR destiné à limiter les falsifications. Cette dématérialisation ouvre un marché de plusieurs centaines de millions d’euros pour les entreprises de logiciels, de cybersécurité et de services numériques, dans un secteur de la mobilité numérique évalué à plusieurs milliards d’euros à l’échelle européenne d’ici 2030.

L’État français devra investir entre 30 et 50 millions d’euros dans son infrastructure informatique pour sécuriser les données et garantir leur interopérabilité avec les autres pays membres. Des plateformes comme Doctolib et Maiia développent déjà des outils pensés pour le renouvellement du permis, tandis que les assureurs automobiles étudient des offres groupées incluant le financement des examens médicaux périodiques.

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