Le SUV reste incontournable dans les concessions européennes. Mais au Mondial de l’Auto 2026, il doit désormais partager les projecteurs. Plusieurs constructeurs renouent avec des carrosseries que l’industrie automobile semblait avoir progressivement abandonnées. Citadines, breaks, compactes, coupés et même monospaces réapparaissent dans les stratégies des grandes marques.
Le Mondial de l’Auto remet la diversité automobile au centre du jeu
Le constat est particulièrement visible dans les allées de la Porte de Versailles. Le Mondial de l’Auto 2026, organisé du 12 au 18 octobre à Paris, rassemble plus de 60 constructeurs et plus de 100 exposants sur environ 70.000 m² d’espaces intérieurs. Le retour de plusieurs grandes marques européennes donne surtout aux visiteurs une vision beaucoup plus diversifiée du marché automobile que lors de certaines éditions précédentes. L’analyse publiée le 13 octobre par Automobile Propre, à l’origine de ce constat, souligne justement cette évolution : les nouveautés les plus remarquées du salon ne sont plus systématiquement des SUV. Cette observation ne signifie pourtant pas que le segment est en déclin. En France, les SUV ont représenté environ 52% des immatriculations de voitures neuves en 2025, contre 49% en 2024 et seulement 12% en 2010. Ils restent donc essentiels à la rentabilité et aux volumes des constructeurs. Les stands du salon le confirment avec de nombreux modèles surélevés, notamment chez Volkswagen, Škoda ou plusieurs marques chinoises. Volkswagen expose par exemple son nouvel ID. Tiguan électrique, tandis que Škoda poursuit l’élargissement de sa gamme avec les Epiq et Peaq.
La nouveauté se trouve plutôt dans la coexistence de ces SUV avec des modèles beaucoup moins uniformes. Opel illustre parfaitement cette tendance avec le STX Concept, un véhicule conçu pour explorer l’avenir du break. La marque allemande insiste sur l’efficience aérodynamique et sur une silhouette différente des crossovers traditionnels. Ce concept accompagne par ailleurs l’Astra Sports Tourer, preuve que le break conserve une place dans la gamme du constructeur. Peugeot adopte une démarche encore différente avec son RCZ Vision. Le constructeur français utilise le Mondial de l’Auto pour réinterpréter le coupé sportif, une catégorie devenue rare sur le marché européen. Selon Car and Driver, ce concept électrique annonce notamment une architecture 1.000 volts, une batterie solide et environ 500 ch. Alfa Romeo, DS et Fiat explorent eux aussi des silhouettes qui s’éloignent du traditionnel SUV familial. Stellantis présente ainsi plusieurs concepts aux identités très différentes, avec l’objectif manifeste de renforcer la personnalité de chacune de ses marques. Le Mondial de l’Auto devient ainsi une vitrine permettant aux groupes automobiles de montrer qu’électrification ne signifie pas nécessairement standardisation des carrosseries.
Citadines électriques et monospace : les constructeurs redécouvrent d’anciens formats
Le retour du monospace constitue probablement le symbole le plus fort de cette évolution. Renault profite du Mondial de l’Auto pour dévoiler son E-Space Concept, long d’environ 4,70 mètres. Le constructeur revient volontairement vers l’esprit du premier Espace commercialisé dans les années 1980, avec une attention particulière portée à l’habitabilité et à la modularité. Le choix est significatif. Ces dernières années, le nom Espace avait progressivement basculé vers une architecture beaucoup plus proche du SUV. Le nouveau concept permet à Renault d’explorer de nouveau l’idée d’une grande automobile familiale pensée autour de ses occupants plutôt que d’une position de conduite surélevée. Cette recherche de solutions alternatives apparaît également chez Fiat avec le Multiplay, modèle difficile à classer qui mélange plusieurs architectures. Les concepts dévoilés à Paris montrent ainsi que les constructeurs envisagent de nouveau la carrosserie comme un élément différenciant. Le véhicule électrique facilite d’ailleurs certaines expérimentations. L’absence de gros moteur thermique et la possibilité de répartir différemment les composants techniques permettent de retravailler l’empattement, l’habitabilité ou les volumes de chargement.
Le phénomène est encore plus visible sur les petites voitures, particulièrement importantes pour le marché européen. Volkswagen expose ainsi l’ID. Polo, déclinaison électrique de l’un de ses noms les plus connus. Smart revient de son côté au format très compact avec la #2, héritière spirituelle de la Fortwo, annoncée avec deux places et environ 290 kilomètres d’autonomie. Audi emprunte également une voie différente du petit SUV pour son nouveau modèle d’accès électrique. La marque ressuscite l’appellation A2 pour une compacte de 4,32 mètres reposant sur une architecture électrique du groupe Volkswagen. Citroën pousse encore davantage cette logique de retour aux fondamentaux avec une réinterprétation électrique de la 2 CV, pensée autour d’un véhicule simple et accessible. Plusieurs médias présents au Mondial de l’Auto évoquent un objectif tarifaire proche de 15.000 euros pour ce concept, même si sa transformation définitive en modèle de série restera déterminante.
Le Mondial de l’Auto 2026 ne signe donc pas la disparition du SUV. Les chiffres de ventes et les investissements des constructeurs montrent exactement l’inverse. De nombreux SUV électriques, hybrides ou thermiques continuent d’occuper les stands et de structurer les catalogues. Mais Paris révèle une inflexion intéressante : les marques cherchent de nouveau à multiplier les propositions. Breaks électriques, citadines abordables, compactes, coupés et grands véhicules familiaux retrouvent une visibilité qu’ils avaient progressivement perdue.
Cette diversification répond aussi à un enjeu industriel. Dans un marché automobile européen sous pression, où les automobilistes conservent leurs véhicules plus longtemps et où les ventes de voitures neuves restent nettement inférieures à leur niveau d’avant-Covid, les constructeurs doivent trouver de nouvelles raisons de déclencher l’achat. Le design, l’usage et la personnalité des modèles peuvent redevenir des arguments aussi importants que la simple appartenance au segment des SUV.
Le principal enseignement du Mondial de l’Auto 2026 pourrait finalement être celui-ci : l’avenir automobile ne sera peut-être pas dominé par une silhouette unique. L’électrification ouvre une nouvelle phase de compétition entre les marques. Et cette fois, elle pourrait également ramener davantage de diversité sur les routes.



