Pauline Rault a fait ses calculs. Cette infirmière libérale de 29 ans, installée depuis peu dans l’ancienne épicerie du village de Saint-Maclou, dans l’Eure, dépense 80 € par mois en électricité pour parcourir 2 000 km dans le cadre de ses tournées. Un budget qui tient entièrement à un choix fait il y a près de cinq ans : rouler en voiture électrique.
Son quotidien laisse peu de place au répit. Le matin, elle peut enchaîner entre 30 et 40 patients, puis 15 à 20 le soir, raconte Auto Journal. La majorité de ces visites se font au domicile, rarement au cabinet. « Généralement, c’est marqué ‘à domicile’ sur l’ordonnance car ce sont des personnes âgées, dépendantes ou en rétablissement postopératoire », explique-t-elle. Avant Saint-Maclou, elle exerçait à Pont-Audemer, où le cabinet multipliait chaque matin les dizaines de visites à domicile.
Une borne à domicile et des batteries garanties huit ans
Pauline Rault est passée en libéral il y a près de cinq ans, et c’est à ce moment-là qu’elle a opté pour l’électrique. « Dès que j’ai démarré en libéral, j’ai démarré en électrique. Déjà à l’époque, le carburant était un peu cher, donc ça valait le coup. J’ai vu que cela augmentait de plus en plus, ça me confirme dans l’idée d’y rester », raconte l’infirmière.
Chez elle, une borne de recharge installée pour environ 1 500 € lui permet de recharger plus vite et de profiter des tarifs d’heures creuses. « J’ai une borne de recharge à la maison, donc ma voiture charge plus vite et en heures creuses », précise-t-elle.
L’entretien suit la même logique économique : pas de filtres, pas de vidange, et les plaquettes de frein n’ont jamais eu besoin d’être changées. « Cela vaut largement le coup », résume-t-elle.
La comparaison avec une ancienne collègue, qui possède le même modèle en version thermique, est parlante : celle-ci dépense entre 300 et 400 € de carburant chaque mois, soit trois à quatre fois plus. Elle envisage désormais, elle aussi, de passer à l’électrique.
Plutôt que de miser sur le bonus écologique de l’État, d’au moins 3 500 € pour un achat neuf, Pauline Rault préfère acheter des voitures d’occasion récentes et les revendre avant la fin de la garantie. Un pari qu’elle sécurise en s’appuyant sur un argument simple : elle rappelle que les batteries sont garanties huit ans.
Des indemnités de déplacement jugées insuffisantes
Au-delà de son cas personnel, Pauline Rault, syndiquée, pointe un problème plus large pour sa profession. Les déplacements des infirmières libérales sont rémunérés sur la base de tarifs conventionnés, sans liberté sur les prix. L’indemnité forfaitaire de déplacement a certes été revalorisée en 2024, « pour la première fois depuis plus de dix ans de 2,50 € par déplacement à 2,75 € », rappelle-t-elle, une somme qui reste jugée trop faible par la profession.
Son syndicat souhaiterait la voir grimper entre 3,50 € et 4 €. Une indemnité complémentaire de 0,35 € par kilomètre s’applique au-delà de 2 km du cabinet.
Un bonus ruralité de 80 € a par ailleurs été annoncé pour les infirmières parcourant plus de 100 km par jour, une mesure qui concernerait environ un quart des 100 000 infirmières libérales en France. Les syndicats demandent aussi un accès prioritaire au carburant en cas de pénurie, pour que les tournées puissent continuer malgré la hausse des prix.
Pauline Rault craint qu’à terme, certains soignants hésitent à accepter des patients habitant plus loin. « À long terme, certains vont y réfléchir à deux fois avant d’accepter un patient qui habite un peu plus loin. Il y a peut-être des campagnes ou personne ne va aller. C’est dommage, car c’est le patient qui est au milieu de tout ça », estime-t-elle.


