Carburant : l’OPEP+ augmente sa production de pétrole, les prix à la pompe vont-ils baisser ?

Le prix des carburants en France dépend d’un ensemble de composantes complexes. Le pétrole brut n’en constitue qu’une fraction.

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Carburant : l’OPEP+ augmente sa production de pétrole, les prix à la pompe vont-ils baisser ? | L'Automobiliste

Le 3 mai 2025, l’OPEP+ a confirmé une augmentation coordonnée de sa production de pétrole brut à hauteur de 411 000 barils par jour à partir du mois de juin 2025. Cette annonce, officialisée dans un communiqué publié sur le site de l’organisation, intervient alors que les prix du baril sont en repli continu depuis le début de l’année.

L’OPEP+ rouvre les vannes du pétrole

La décision de l’OPEP+, qui regroupe les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole ainsi que plusieurs partenaires extérieurs, dont la Russie, marque une inflexion stratégique majeure. Contrairement à la politique de restriction d’offre adoptée au cours des deux dernières années, le cartel choisit de rouvrir massivement ses vannes dans un contexte de marché marqué par une faible demande mondiale, un ralentissement économique global, et une guerre commerciale persistante entre les deux principales puissances consommatrices d’or noir : les États-Unis et la Chine.

En réaction immédiate à cette annonce, les cours du Brent sont descendus à 59,10 dollars, en recul de 3,6 %, tandis que le WTI américain a chuté à 55,68 dollars. Ces chiffres sont les plus bas observés depuis le début de l’année 2025. Si cette baisse du brut est confirmée sur la durée, une répercussion sur les prix à la pompe pourrait être attendue. Toutefois, la transmission de ces fluctuations vers les consommateurs est loin d’être directe.

Les prix des carburants vont-ils baisser ? Oui, mais…

Le prix des carburants en France dépend d’un ensemble de composantes complexes. Le pétrole brut n’en constitue qu’une fraction. Selon les données publiées par la Direction générale de l’énergie et du climat, la part du brut dans le prix final du litre de carburant n’excède pas 35 %. Le reste est constitué de taxes, principalement la TICPE et la TVA, ainsi que des marges de raffinage, de transport et de distribution. Ce poids structurel des taxes et des frais intermédiaires freine naturellement la transmission d’une baisse du baril vers les pompes.

Les observations réalisées à partir des données disponibles sur le site Carburants.org, mises à jour quotidiennement, montrent que les prix des carburants en France restent pour l’instant stables malgré le repli des cours du brut. Le gazole est vendu en moyenne à 1,55 euro le litre, le sans-plomb 95-E10 oscille autour de 1,70 euro, tandis que le sans-plomb 98 atteint 1,80 euro dans de nombreux départements. À Paris et dans certaines grandes métropoles, les prix peuvent dépasser ces moyennes de 10 à 15 centimes.

Pourquoi la baisse du cours du pétrole ne se voit pas déjà sur les prix des carburants ?

Ces niveaux sont équivalents à ceux observés durant les premières semaines d’avril, ce qui suggère que les effets de la baisse du baril ne sont pas encore perceptibles dans les stations-service. Plusieurs raisons expliquent cette inertie. Les distributeurs disposent de stocks achetés à un prix antérieur plus élevé. Les ajustements ne s’opèrent qu’après renouvellement de l’approvisionnement. Par ailleurs, les opérateurs de distribution peuvent être incités à maintenir des prix constants pour compenser la baisse de leurs marges liées à la réduction du trafic automobile observée depuis le début de l’année.

À moyen terme, si la baisse du baril se prolonge et si l’OPEP+ poursuit sa stratégie de production accrue, les carburants pourraient connaître une détente progressive. Des analystes, cités notamment dans EnergyNews, estiment qu’un baril durablement situé entre 55 et 58 dollars pourrait engendrer une réduction d’environ 4 à 6 centimes par litre sur le gazole, avec un effet plus modéré sur l’essence en raison de son raffinage plus complexe et de la demande structurellement plus rigide dans les zones urbaines.

Il faut cependant rappeler que cette évolution dépend aussi du taux de change entre l’euro et le dollar, puisque le pétrole est facturé en devise américaine. Une dépréciation de l’euro face au dollar pourrait annuler partiellement les bénéfices d’un pétrole moins cher. Le comportement des États membres de l’Union européenne en matière fiscale constitue un autre facteur d’incertitude. Une indexation ou une révision de la TICPE, même marginale, peut neutraliser les effets d’un baril plus bas sur les prix à la pompe.

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